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Juges et médias : une alliance de circonstance Abonnés

Incontestablement, le soutien de la presse a été dans le passé utile à certains magistrats pour parer les pressions politiques. Mais aujourd’hui, le pacte qui lie justice et médias a une fonction opérationnelle directement politique.

Juges et médias : une alliance de circonstance


Les médias sont considérés depuis le XIXe siècle comme un élément essentiel de la démocratie représentative. Au point d’être intégrés dans la logique des checks and balances, chère aux Anglo-Saxons, où ils font figure d’outils de contrôle de la majorité élue. Aujourd’hui, sous l’abondance de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), on peut dire qu’ils ont le statut de quatrième pouvoir, venant s’ajouter au triptyque formé par l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Dans notre pays, le désastre moral des « années fric », qui virent l’étalage d’une corruption publique massive au sein de la classe politique, a entraîné la mise en place d’une alliance entre magistrats et médias, finalement assez perverse dans leur combat contre les deux autres pouvoirs. Elle s’est forgée à partir des années 1990 avec la loi sur le financement public et provient d’une part du souhait de nombreux magistrats de s’appuyer sur l’opinion pour lutter contre les pouvoirs politiques, et d’autre part de leur désir de s’émanciper d'une dépendance historique et ancienne qu’ils ne supportaient plus.

Les journalistes y ont également trouvé leur compte. Car raconter l’affrontement entre le pouvoir judiciaire et le monde politique, et disserter sur le thème du « tous pourris » représente un filon inépuisable. Surtout dans un contexte de libéralisation du secteur, entamée dans les années 1980, qui a favorisé une vision toujours plus marchande du métier d’informer.

Haro sur les cibles communes

L’alliance juges-médias s'est d’abord exprimée dans une certaine presse écrite, les médias généralistes et audiovisuels se contentant dans un premier temps de suivre le mouvement avec un certain recul. Mais progressivement, de nouvelles générations de journalistes sont apparues, adeptes d’un conformisme à l’américaine, de sorte que toutes les rédactions ont fini par vouloir leur scoop politico-judiciaire. En 2011, le journaliste Philippe Merlant...

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