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Karl Kraus le grand précurseur Abonnés

L’Autrichien Karl Kraus (1874-1936) a été l’un des premiers journalistes de l'Histoire à proposer une critique sans concessions de sa profession et des médias. S’appuyant sur les commentaires du philosophe Jacques Bouveresse, Henri de Monvallier lui rend hommage.

Karl Kraus le grand précurseur


Né en 1874, Karl Kraus fut l’un des auteurs les plus mordants du XXe siècle. À partir de 1899 jusqu’à sa disparition en 1936, il a publié à Vienne une revue satirique intitulée Die Fackel (« Le Flambeau »), d'abord en tant que simple éditeur puis, à partir de 1912, comme seul et unique auteur. Pendant toutes ces années, ses articles ont principalement pris pour cible les autres titres de la presse autrichienne et notamment le réputé quotidien viennois libéral de l’époque Die Neue Freie Presse, responsable selon lui d’une certaine corruption du langage, et donc à maints égards, de la corruption morale et politique du pays. Kraus est considéré comme l’un des premiers grands critiques systématiques du journalisme. Ses aphorismes tirés de Die Fackel ont du reste été depuis lors rassemblés en divers recueils, traduits dans de nombreuses langues, à quoi s’ajoutent une grande pièce de théâtre sur la Première Guerre mondiale intitulée Les Derniers Jours de l’humanité (1922) et un volumineux essai sur la montée du nazisme, Troisième Nuit de Walpurgis, publié de manière posthume en 1952.

Une journée sans journal ?

L’un des axes de la réflexion de Kraus est que la presse a réussi au fil des années à se donner une image d’acteur essentiel du débat « démocratique », de sorte que toute critique du journalisme est forcément perçue comme une attaque contre la liberté de pensée et la démocratie en général. Fin lecteur de Kraus, le philosophe français Jacques Bouveresse (1940-2021) résumait cette constatation de façon piquante : « On a rêvé pendant longtemps d’une presse libre. Mais maintenant que le monde est censé l’avoir obtenue, ce à quoi on devrait rêver comme à une sorte de bonheur inespéré est plutôt, selon Kraus, un monde sans presse ou même simplement une journée sans journal (pour...

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