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Le politiquement incorrect, nouvelle langue des imbéciles Abonnés

Face au politiquement correct qui règne dans la grande presse, une forme de résistance s’est développée sur les réseaux sociaux et dans certains médias anticonformistes. Ingrid Riocreux se demande si le remède n’est pas parfois aussi dévastateur que le mal qu’il tente de combattre.

Le politiquement incorrect, nouvelle langue des imbéciles


Comme le diable, le politiquement correct est d’autant plus puissant qu’on se persuade qu’il n’existe pas. On dit souvent qu’il est né dans les universités américaines mais, si l’on a pu y théoriser la légitimation d’un langage non discriminant, marqué du sceau de la tolérance et soucieux du respect de la diversité, si l’on a pu, à ce titre, justifier une limitation de la liberté d’expression par le droit ou la morale, forme de bornage traduisant la conformité à une règle implicite, personne nulle part ne s’est revendiqué « politiquement correct ». Cet anglicisme qui exprime l’acceptabilité sociale d’un énoncé ou d’une idée n’a jamais été un étendard ou une revendication. Contrairement à l’écriture inclusive, qui s’appuie sur des militants assumant une démarche volontariste de transformation de la langue, le politiquement correct n’a pas eu ses défenseurs officiels. On met ici, d’emblée, le doigt sur une spécificité qu’il convient de souligner : de manière générale, le wokisme, qui entend refaçonner le langage en ménageant toutes les sensibilités imaginables, constitue par sa radicalité une attaque en règle contre la douceur bienfaisante du politiquement correct. Ce dernier oblige à dire, impose une manière de dire ; quand le wokisme interdit de dire, rend l’expression impossible (en témoigne l’extrême complexité de l’écriture inclusive, dont les promoteurs eux-mêmes passent leur temps à enfreindre les règles, malgré toute la bonne volonté qu’ils mettent à leur application). En réalité, le wokisme fait tendre la parole humaine vers le silence comme seul, et très paradoxal, mode d’expression adéquat permettant la prise en compte de la superposition des intérêts et des susceptibilités de tous les individus, à travers l’accumulation de leurs particularités fluctuantes et souvent incompatibles. Le politiquement correct fonctionne sur le mode inverse : alors que le wokisme introduit aux forceps la multiplicité des lubies individuelles dans...

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