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Journaliste, une image de puissance, une réalité de précaire Abonnés

Notre contributrice Céline Pina, qui intervient régulièrement dans les médias, s’inquiète de l’ambiance de crise qui s’installe petit à petit dans le secteur, encourageant le travail bâclé et exacerbant l’esprit partisan.

Journaliste, une image de puissance, une réalité de précaire


J’ai longtemps fantasmé sur le métier de journaliste. Je n’imaginais à l’époque qu’un seul chemin, celui d’Albert Londres (1884-1932), le grand reporter qui définissait ainsi sa profession : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de rose. »

Il s’est intéressé aux invisibles, à ceux qui ne comptent guère, bagnards en Guyane, prostituées françaises en Argentine, soutiers du vélo sur le Tour de France, fous enfermés dans des asiles d’aliénés, juifs relégués au sein de ghettos…

Ce type de journaliste existe encore, mais il faut croire que notre curiosité à l’égard du monde s’est bien émoussée, car rares sont les médias généralistes qui bâtissent aujourd’hui leur réputation sur les enquêtes fouillées ou les documentaires ambitieux. Les chaînes d’information préfèrent exploiter un modèle qui demande nettement moins d’investissement : le format « débats », avec des émissions organisées généralement autour de quatre participants. À la même table sont invités experts et politiques, journalistes et praticiens, témoins et analystes. L’architecture des plateaux est conçue pour mettre toutes les paroles au même niveau.

Dans ces conversations souvent animées, l’image du journaliste garant de la véracité des faits et au service de l’intérêt général pâlit quelque peu, d’autant plus que le statut de certains des débatteurs n’est pas clair. Sont-ils journalistes, communicants, économistes, conseillers politiques, sondeurs, avocats, lobbyistes ? Pour nombre de téléspectateurs, la plupart des intervenants qui s’expriment dans ce genre de programmes sont assimilés à des journalistes, qu’ils aient ou non une carte de presse (hormis ceux, bien sûr, dont la présence est liée à un besoin d’explications très technique, comme les médecins en période covid ou l’appartenance à un parti politique, à un syndicat, alors dûment mentionnée...

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