revue
Souveraineté
Les bureaucraties d'État face à la souveraineté populaire Abonnés

La notion d’État profond s’est maintenant imposée dans le débat public. Tandis que certains y voient une théorie du complot, d’autres soulignent au contraire le poids grandissant des fonctionnaires de la haute administration publique et des organes d’influence privés sur notre vie démocratique. Qu’en est-il réellement ? Jusqu’à quel point l’ État profond  vient-il parasiter la souveraineté populaire  ?

Les bureaucraties d'État face à la souveraineté populaire


L’État profond a fait irruption dans le langage courant ces dernières années¹ . Cette formule est souvent associée à l’expression d’idées que l’on qualifie, à tort ou à raison, de « complotistes ». Pourtant, l’État profond est initialement un concept de la science politique parfaitement légitime. Son usage vise à analyser, ou à décrire, des situations où le pouvoir politique démocratiquement élu se heurte à des résistances venant de l’administration ou de la connivence entre une partie de cette administration et des intérêts particuliers. Il pose alors la question de l’« unité de l’État », une unité souvent postulée mais en réalité rarement observée. Alors que la légitimité démocratique est de plus en plus mise à mal, le concept d’État profond permet d’éclairer les conflits de légitimité qui traversent les États démocratiques. Dégagé de sa gangue « complotiste », il peut s’avérer un outil pertinent pour analyser les problèmes posés par l’exercice de la démocratie.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENT DU CONCEPT

Le terme « État profond » renvoie, dans le discours politique, à des « forces obscures » s’opposant aux élus (ou à l’élu, dans le cas d’un Président) et cherchant à lui imposer un programme et une liste de priorités. Les partisans de Donald Trump utilisent ainsi ce terme. Néanmoins, son origine est bien plus ancienne. Lorsqu’il fut semble-t-il utilisé la première fois par le Premier ministre turc Bülent Ecevit, il désignait la partie des services spéciaux destinée à combattre une hypothétique invasion soviétique et, métaphoriquement, l’élite militaro-laïque de la Turquie dans les années 1960 à 1980² . Ce terme a connu une certaine faveur en science politique³ . On voit bien ce qu’il cherche à la fois à décrire mais aussi à analyser : une situation où un corps (ou une agglomération de corps) se considère comme le détenteur...

Contenu réservé aux abonnés

Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.

commentaireCommenter

Vous aimerez aussi

L’univers numérique prépare-t-il un monde meilleur ou le meilleur des mondes ?
L’univers numérique prépare-t-il un monde meilleur ou le meilleur des mondes ? Abonnés

Internet est le terrain de jeu de nombreux sites indépendants d’information, mais aussi de Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, ces firmes américaines surpuissantes surnommées GAFAM. Quelle société ce mélange de médias pique-bœufs et de géants de la Silicon Valley va-t-il produire ? Un monde meilleur ou le meilleur des mondes ?

4 commentaires
Mediapart et France 2 petites méthodes et grandes oreilles
Mediapart et France 2 petites méthodes et grandes oreilles Abonnés

Au nom d’une certaine idée de la justice, Edwy Plenel s’est fait une spécialité : publier sur son site Mediapart le contenu d'écoutes téléphoniques. Nombre de médias applaudissent cette violation du secret de l’instruction, France 2 en tête. Au secours, la médiapartisation des esprits est en marche !

0 commentaire