revue
Information
Le piège mental des fake news et des « vraies informations » Abonnés

La lutte contre les fake news est devenue une priorité de nos gouvernants. Face aux inepties déversées sur les réseaux sociaux ou dans la presse alternative, se dressent les chevaliers blancs de la grande presse autorisée, toujours soucieux, paraît-il, de vérifier la validité de leurs informations. La chasse aux fausses nouvelles est lancée, comme on s’en prenait jadis aux sorcières. Pourtant, les « vérités » de la grande presse, dans leur collusion avec les intérêts des puissants, ne sont-elles pas elles aussi des armes idéologiques, qui servent en l’occurrence l’agenda politique de l’État profond ? La bien-pensance médiatique prédéfinit ainsi le champ des bonnes décisions démocratiques et des mauvaises, afin de façonner subrepticement l’opinion.

Le piège mental des fake news et des « vraies informations »


C’est un axiome fondamental de la logique qu’une proposition ne peut être vraie en même temps que son contraire. Une assertion est valide ou ne l’est pas : voilà qui paraît clair et incontestable. Si on formule de bonne foi un affirmation fausse, on se trompe. Si on l’affirme en pleine conscience, dans le dessein de tromper, on ment. Sur la base de telles considérations, difficile de ne pas recevoir les mises en garde terriblement anxiogènes contre la prolifération des fake news comme légitimes, et les protestations de rigueur professionnelle déployées par les médias d’autorité comme parfaitement compréhensibles. Il y aurait d’un côté des médias soucieux de bien faire leur travail en restituant les faits dans leur vérité (quitte à publier des rectificatifs en cas d’erreur), de l’autre des réseaux sociaux relayant des informations non vérifiées et parfois totalement fantaisistes, mais aussi des médias dits alternatifs, proliférant essentiellement sur l’internet et diffusant sciemment et sans scrupules des informations fausses dans le but de servir une thèse, voire une stratégie politique, ou dans celui de nuire. Mais est-ce si simple que cela ?

L’IMPOSTURE DE L’INFORMATION

Le domaine du discours médiatique, qui semble pourtant tellement concret et en prise directe avec la réalité du monde, nous fait oublier ce qu’il ne faudrait jamais perdre de vue : l’actualité n’existe pas. Elle est une construction du discours résultant d’une succession de choix inconscients ou concertés qui interviennent en trois étapes : la sélection, la hiérarchisation et la mise en mots.

Pour évaluer la qualité d’une information, on ne saurait se limiter à déterminer son degré d’adéquation au réel ; car l’information ne se contente pas de décrire ce qui est. Elle constitue un discours dont les modalités dépassent le strict domaine du vrai et du faux et investissent largement celui du bien...

Contenu réservé aux abonnés

Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.

commentaireCommenter

Vous aimerez aussi

La démocratie au péril de la démondialisation
La démocratie au péril de la démondialisation Abonnés

Alors que l’on s'est longtemps plu à croire que l’économie était enchâssée dans la démocratie, nous avons découvert qu’en réalité, au travers de la mondialisation, c’était bien souvent la démocratie qui était enchâssée dans l’économie. Mais la mondialisation est-elle la seule en cause ? Le problème n’est-il pas plus profondément enraciné dans les mythes du libéralisme ?

1 commentaire
« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. »
« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. » Abonnés

En France, tout candidat à l’élection présidentielle doit, s’il veut être officiellement autorisé à faire campagne, s’assurer de la « présentation » d'au moins 500 élus locaux. Nous avons demandé à l’un de nos plus grands constitutionnalistes de retracer l’histoire de cette procédure aux règles toujours plus complexes et aux effets toujours plus pervers.

0 commentaire
L’avenir de la démocratie dépend de celui du climat
L’avenir de la démocratie dépend de celui du climat Abonnés

La démocratie libérale et représentative, qui régit la plupart des pays industrialisés, n’est-elle pas vouée à être remise en cause par la révolution technologique et la transition écologique en cours ? Pour Antoine Buéno, deux scénarios se dessinent à l’horizon : soit « la fin de l’Histoire », soit l’instauration de régimes illibéraux placés sous le signe de la défense de l’identité et de l’urgence climatique.

7 commentaires