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Comment sont fabriqués les bons petits soldats de la haute administration ? Abonnés

Régulièrement mise sur le banc des accusés, l’ENA parvient pourtant à traverser les années sans que les prétendues réformes de cette haute école d’administration, presque toujours conduites par d’anciens énarques, ne changent quoi que ce soit à ses travers : consanguinité des élites, formatage idéologique, etc. Toutes les sphères du pouvoir, qu’elles soient publiques ou privées, sont désormais occupées par d’anciens élèves des grandes écoles. Sera-t-il un jour possible en France d’amorcer un véritable processus de démocratisation ?

Comment sont fabriqués les bons petits soldats de la haute administration ?


Depuis que la reproduction dynastique a été abandonnée pour allouer le pouvoir dans les États, le système méritocratique s’est imposé sans jamais échapper aux critiques. L’apparition de grandes écoles a significativement marqué à la fois ce changement et les priorités perçues par les États. En France, l’École polytechnique a été fondée en 1794 dans une France révolutionnaire engagée dans les guerres. La même année, l’École normale supérieure était tournée vers ce qu’on appelait l’instruction nationale. Après des échecs en 1849 et 1936, le projet d’une grande école de formation des hauts fonctionnaires aboutit en 1945 avec l’École nationale d’administration. Dans les années 1960, une école de commerce encore de piètre réputation, HEC, renouvelait son enseignement sur le modèle des business schools américaines pour rejoindre le peloton réduit des grandes écoles.

IL FAUT EN FINIR AVEC LA CONSANGUINITÉ DES ÉLITES

Ces grandes écoles ont donné au système scolaire français sa physionomie en instituant un modèle mandarinal par les sélections successives, un forçage de ces jeunes gens passés par plusieurs filtres avant d’en arriver à l’ultime sélection : le concours d’entrée, la sortie étant dès lors jouée, et enfin le classement qui sert d’ultime jugement. Non-dit de l’élitisme : l’élite doit être réduite, l’excellence rare et non l’inverse. La population de la France avait plus que doublé quand le président François Mitterrand s’avisa au début d’un premier septennat de doubler les effectifs des promotions de polytechniciens de 150 à 300. Dans ce temps de remise en question, une troisième voie fut créée pour démocratiser l’ENA avant d’être vite abandonnée.

En même temps, la massification de l’enseignement supérieur présentée sous le jour d’une démocratisation à partir du milieu des années 1980 accentuait encore le dualisme d’un système scolaire français entre grandes écoles, demeurées très sélectives, et universités touchées par un accroissement incontrôlé des...

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