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Souverainisme
Le souverainisme est un nationalisme bien compris Abonnés

« Je crois qu’il faut choisir son camp. Mais vous êtes passeur de frontières. Je suis gardien de frontières. Chacun sa nature », écrivait Louis Pauwels. Des années plus tard, et vu de Québec, Mathieu Bock-Côté remet la question de l’appartenance à une nation – qui est selon lui la clé pour le consentement des hommes à l’autorité – au centre de toutes les interrogations. Trop longtemps en effet, la modernité a cherché à liquider les appartenances particulières, assimilées à des résidus folkloriques.

Le souverainisme est un nationalisme bien compris

Pourquoi y a-t-il plusieurs États plutôt qu’un seul ? Cette question aurait pu être au fondement de la philosophie politique moderne. À tout le moins, elle aurait dû y trouver une place, au moment où elle entreprit de rationaliser les fondements de la légitimité politique, en cherchant plus exactement à expliciter les mécanismes qui poussent les hommes à consentir à l’autorité. Sauf exceptions, ce ne fut pas vraiment le cas : depuis Hobbes, les théoriciens du contrat social (Rousseau mis à part), élaborèrent la matrice d’une communauté politique potentiellement universelle, valable pour tous les hommes et ne portant pas une attention particulière à la diversité du monde, comme si elle était accidentelle. En suivant la pente de leur raisonnement, on pouvait être amené à croire que l’humanité, à terme, devait renouer avec son unité originelle supposée, cette fois sous la forme d’une société mondialisée constituant une souveraineté la surplombant, sous la figure d’un empire universel accomplissant enfin la promesse de Babel. Ce modèle domine encore aujourd’hui la philosophie politique dans le monde anglo-saxon, régie par le paradigme de la théorie de la justice, qui cherche à élaborer des normes universellement valables de justice sociale et, dans certains cas, à recomposer l’ordre international à leur lumière.

L’HUMANITÉ SOUS UN VISAGE UNIQUE

Le contractualisme se questionnait bien peu sur l’identité des contractants. Disons-le autrement : il jugeait superflue la question des fondements culturels et historiques des communautés politiques particulières et ne croyait pas utile ou nécessaire de préciser à quel peuple il entendait remettre la souveraineté. Georges Gusdorf, dans une œuvre monumentale mais oubliée, a bien montré comment la modernité a cherché à liquider théoriquement les appartenances particulières, assimilées à des résidus folkloriques, tout en engendrant une critique de plus en plus vive, notamment celle associée au romantisme(1). Le progrès du monde...

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