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Jacqueries


On a volontiers comparé la révolte des Gilets jaunes aux vieilles jacqueries, ces révoltes paysannes qui incarnaient jadis la résistance de la souveraineté populaire face aux excès du pouvoir, à la tyrannie, aux taxes prohibitives et à l’injustice. Par temps de crise, le peuple d’en bas se soulève contre les élites d’en haut pour faire entendre sa voix. Mais on oublie que les Jacques s’inscrivaient eux-mêmes dans une longue lignée d’insurrections, en France autant qu’à l’étranger.

Qui connaît encore, par exemple, les révoltés anglais de 1381, les remensas, les pitauds, les tard-avisés, les taborites, ou encore les croquants, les Nu-pieds, les sabotiers, les Lustucru, les Lanturelus, les Bonnets rouges ? C’étaient pour la plupart des ruraux : des paysans, parfois des artisans ou des commerçants. Jusqu’au XVIIIe siècle au moins, ils étaient pour la plupart illettrés, si bien qu’on ne les connaît, pour l’essentiel, que par le biais des documents judiciaires, des lettres de rémission royales ou des chroniques et commentaires de leurs ennemis, gens de pouvoir ou au service du pouvoir qui les méprisaient, les calomniaient et les condamnaient. Sans le travail scrupuleux d’historiens passionnés, on ne retiendrait des révoltes populaires, et surtout paysannes, que les pièces de vêtements ou les surnoms auxquels on les réduit, leurs fièvres et leur violence supposée aveugle, mais pas les raisons qui les poussaient à se rebeller.

LA RÉVOLTE DU PEUPLE 

Depuis la fin de l’Empire romain, le petit peuple — serfs, tenanciers précaires, petits propriétaires, saisonniers sans terre — n’a cessé de combattre les conditions de vie épouvantables qui lui étaient imposées : la féodalité au Moyen Âge, l’État absolutiste et le racket fiscal de la noblesse de robe après la Renaissance, ainsi que le capitalisme agraire et bourgeois qui a ravagé les campagnes anglaises dès le XVIIe, puis la France un...

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