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Mondialisation
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Le terme de mondialisation désigne l’élargissement du champ d’activité des agents économiques (entreprises, banques), au-delà du cadre des frontières nationales. Elle revêt plusieurs formes : les mouvements d’importation et d’exportation de biens et services, les mouvements de capitaux, les fusions-acquisitions d’entreprises étrangères et les revenus des placements financiers réalisés à travers le monde. Ce phénomène est également étroitement lié, d’une part, aux progrès des moyens d’information, de communication et de transport et, d’autre part, aux élargissements géographiques du marché mondial. La mondialisation vise à maximiser la rentabilité financière des investissements extérieurs en tirant le meilleur parti des différentiels de coûts (coûts salariaux, coûts d’approvisionnement en composants et semi-produits, coûts de production) et des opportunités d’accès aux marchés les plus prometteurs.

LES DÉBUTS DE LA MONDIALISATION 

La mondialisation n’est pas un phénomène récent. Elle s’est développée à partir du milieu du XIXe siècle jusqu’en 1914. Cette première mondialisation s’est déroulée sous hégémonie européenne et, en particulier, britannique. L’entre-deux-guerres correspondit à un recul marqué de la mondialisation. Après 1945, il faudra attendre les années soixante-dix pour que les pays occidentaux retrouvent les taux d’ouverture aux échanges qu’ils avaient atteints à la veille d’août 1914. C’est alors que s’amorça la seconde mondialisation, sous hégémonie américaine cette fois, et qui s’est prolongée jusqu’à aujourd’hui.

La première mondialisation (1850-1914) fut donc caractérisée par la domination de l’Europe et par l’hégémonie britannique sur l’économie mondiale. En 1900, l’Europe pesait un quart de la population mondiale (contre seulement 7 % à présent, Russie comprise). Ses ingénieurs et ses chercheurs maîtrisaient la gamme complète des technologies de la première et de la seconde révolution industrielle (la première liée à la vapeur et la seconde à l’électricité, à la chimie et à la pharmacie). L’Europe réalisait 40 % du PIB mondial et contrôlait 60 % du commerce international.

Le Royaume-Uni était la première puissance mondiale : il détenait la moitié des investissements extérieurs mondiaux. À partir de 1875, l’économie britannique commença à s’essouffler. Les États-Unis devinrent la première puissance industrielle mondiale dès 1885. La France, en dépit de réels progrès, demeura derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. La force de son économie résidait dans son épargne, souvent d’origine paysanne, consolidée par le retour au protectionnisme à partir de 1892 qui lui permit, après le coup d’arrêt de la crise de Panama, de redevenir un grand pays exportateur de capitaux, en particulier vers la Russie.

La Première Guerre mondiale allait remettre en cause la suprématie de l’Europe dans le monde. Ce déclin s’accentua pendant la crise des années trente. Après 1945, le monde se réorganisa en fonction de deux grands blocs géopolitiques rivaux : le bloc occidental sous hégémonie américaine et le bloc soviétique sous celle de l’URSS.

La seconde mondialisation (de 1973 jusqu’à nos jours) a commencé avec les chocs pétroliers de 1973, liés à la guerre du Kippour, et celui de 1979, avec la révolution islamique en Iran. Elle s’est accélérée après l’effondrement de l’URSS et la conversion de la Chine à l’économie de marché. La globalisation des marchés revêt dès lors une double dimension :

– la première est que les marchés de capitaux sont de plus en plus interconnectés et que les capitaux se déplacent très rapidement d’un pays à l’autre, à la recherche de nouvelles opportunités de profit ;

– la deuxième tient à l’émergence des entreprises globales. Les grandes entreprises élaborent des stratégies globales de marchés. Elles se transforment ainsi en firmes multinationales globales, de plus en plus puissantes.

LA MONTÉE EN PUISSANCE DE LA CHINE 

Cette seconde mondialisation s’est effectuée sous hégémonie américaine. Après l’ouverture du marché chinois décidée par Deng Xiaoping en 1979, les entreprises américaines — rapidement suivies par les entreprises européennes et japonaises — investirent massivement dans ce pays. Elles y délocalisèrent des pans entiers de leur industrie (automobile, électronique), attirées par les possibilités offertes sur ce nouveau marché. Dans un premier temps, les Américains apparurent comme les grands gagnants de cette seconde mondialisation. Les profits réalisés par leurs firmes multinationales augmentèrent de façon spectaculaire. Certes, le déficit commercial américain commença à se creuser avec la Chine, mais cela ne perturba pas outre mesure les dirigeants américains. En effet, la Chine plaçait une partie substantielle des revenus retirés de ses excédents commerciaux en bons du Trésor américain. C’est ainsi que les États-Unis financèrent leurs coûteuses expéditions militaires en Afghanistan et en Irak. Les Américains ne comprirent pas tout de suite la stratégie chinoise. Les Chinois ne faisaient pourtant qu’imiter la stratégie qui avait si bien réussi aux Japonais avant eux. Cette stratégie avait été théorisée par l’économiste Akamatsu, sous le nom de stratégie de développement en « vol d’oies sauvages ». Elle repose sur deux piliers : la remontée de filières industrielles du bas vers le haut et une approche géographiquement différenciée des marchés, des plus faciles d’accès aux plus difficiles.

1. La stratégie des remontées de filières : au cours de la phase 1, les entreprises chinoises s’initient à la production des produits du bas de la gamme. Elles y acquièrent le leadership en misant sur leurs faibles coûts de production. Grâce aux profits ainsi générés, ces entreprises commencent à investir dans les créneaux de production moyens de gamme. Enfin, durant la phase 3, elles s’attaquent aux produits du haut de la gamme. Afin d’accélérer le mouvement, le gouvernement chinois imposa aux entreprises étrangères de créer des sociétés en participation avec les entreprises chinoises et de leur céder l’intégralité de leurs technologies.

2. L’approche géographique différenciée des marchés en fonction de leur degré de difficulté : les entreprises chinoises, comme les japonaises avant elles, exportent leurs produits en allant des marchés les plus faciles — ceux de l’Asie et de l’Afrique — aux marchés les plus difficiles — ceux de l’Union européenne — et, en dernier, ceux des États-Unis.

En quarante ans, non seulement la Chine a comblé ses retards sur l’Occident, mais elle est en passe de lui ravir l’hégémonie dans les secteurs stratégiques clés de l’industrie mondiale. La bataille qui s’est engagée entre les États-Unis et la Chine autour de la maîtrise de la 5G, de l’intelligence artificielle, de la robotique et de l’espace montre que, désormais, les États-Unis sont sur la défensive face aux ambitieux projets de la Chine. Celle-ci qui, de surcroît, concentre sur son sol l’essentiel des métaux rares nécessaires aux industries de haute technologie, se pose en rivale globale des États-Unis.

LA FIN D'UN CYCLE ?

Depuis la crise financière de 2007-2008, la seconde mondialisation marque le pas. Le premier signe est le ralentissement du commerce mondial. Jusqu’ici, celui-ci augmentait à un rythme supérieur au PIB mondial. Depuis 2008-2009, le commerce international ne croît plus qu’à un rythme voisin de, sinon inférieur à, celui du PIB mondial. La Chine, première puissance commerciale mondiale, s’attache désormais à développer davantage son marché intérieur. Le second signe, c’est la crise de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a vu s’étioler ses deux fonctions stratégiques : d’une part, l’organisation des négociations commerciales multilatérales — depuis le cycle de Doha, jamais achevé, le multilatéralisme est en panne —, d’autre part, le règlement des différends commerciaux entre États, ceux-ci échappant de plus en plus à l’arbitrage de l’OMC. Le troisième signe de ce déclin, c’est la guerre commerciale qui oppose les États-Unis et la Chine. Depuis l’arrivée à la Maison-Blanche du président Donald Trump, les États-Unis ont décidé de relever leurs tarifs douaniers sur une large gamme de produits manufacturés afin de tenter d’enrayer l’augmentation de leur déficit commercial avec la Chine – déficit qui représente à lui seul plus de la moitié de leur déficit global. La Chine a riposté à son tour, ouvrant une nouvelle ère de confrontation commerciale entre les deux pays. Celle-ci s’annonce comme un phénomène durable : la perte des avantages concurrentiels des États-Unis dans la plupart des industries de biens manufacturés, y compris dans les industries de haute technologie, semble définitive. Aujourd’hui, la compétitivité des États-Unis repose essentiellement sur les services (services financiers et numériques) et sur les investissements à l’étranger de leurs firmes multinationales. Dans ce nouveau monde multipolaire, les États-Unis ne disposent plus que de marges de manœuvre limitées : c’est ce qui explique leur recours au protectionnisme, afin de défendre une hégémonie contestée par la Chine. C’est pour cette raison que le retour au statu quo ante, y compris après le départ du président Trump, est peu probable. Quels qu’ils soient, les dirigeants de Washington n’auront guère d’autre choix que d’utiliser les armes du protectionnisme pour contrecarrer le déclin de leur pays face à une Chine qui pratique un protectionnisme décomplexé. Le gouvernement chinois ne vient-il pas d’annoncer, dans son rapport intitulé « Made in China 2025 », que son but est de conquérir le leadership mondial dans dix secteurs-clés du futur et ainsi de réduire la part de ses importations de composants et de produits manufacturés de 60 % à 30 % ? Derrière les deux grands, d’autres pays émergents choisissent à leur tour de protéger leurs industries, comme l’Inde, l’Indonésie, la Russie ou la Turquie.

La seconde mondialisation semble toucher à sa fin sans qu’il soit possible pour l’heure de dire vers quels nouveaux équilibres le monde se dirige. Assistera-t-on à l’émergence de la Chine comme nouvelle superpuissance en lieu et place des États-Unis ? Est-ce que nous allons voir se constituer un monde multipolaire autour de quelques grands blocs géopolitiques ? Ou bien n’allons-nous pas connaître l’émergence d’un monde chaotique et sans véritable leader ?

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