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Les origines du mouvement social français Abonnés

La France joua un rôle pionnier dans l’émergence du mouvement social. Bien avant que ne s’impose chez nous le marxisme allemand, qui infléchira en profondeur l’idéologie du parti communiste et du parti socialiste au XXe siècle, ce sont au contraire les idées de Pierre Leroux, Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon ou Auguste Blanqui qui prédominaient. Ce qu’on appelait le socialisme désignait alors en France un mouvement d’auto-organisation du peuple, qui refusait de se laisser dicter sa conduite par les élites. Volontiers patriote, attachée aux communes et à la politique de proximité, la rébellion sociale du XIXe siècle fut ainsi un grand cri populaire en faveur de l’autonomie et de la liberté.

Les origines du mouvement social français


Si les idéaux de justice, de liberté, d’égalité et de solidarité qu’il défend existent depuis la naissance de la philosophie, il est communément admis que le socialisme ne prend forme que dans les années 1820, lorsque le « pauvre » de Gracchus Babeuf devient le « prolétaire » de Jean de Sismondi. En effet, cette doctrine politique est autant l’héritière d’une philosophie politique — celle des Lumières — que de la société industrielle qui a radicalement changé la donne sociale. Le socialisme est avant tout le reflet du désir d’autonomie de ceux qui en ont le moins : les ouvriers.

NAISSANCE DU MOUVEMENT OUVRIER

Beaucoup estiment que le clivage gauche/droite naît pendant la Révolution française et oppose originellement les adversaires de l’Ancien Régime aux défenseurs de la monarchie. Ce n’est pourtant que partiellement vrai. Certes, les « trois droites » chères à l’historien René Rémond (orléaniste, légitimiste, et plus tard bonapartiste) ainsi que deux gauches (libérale et républicaine ou jacobine) doivent beaucoup à cet élément fondateur ; mais le paysage politique n’est pas encore totalement planté. Malgré une prise en compte de la question sociale par Robespierre et les jacobins, le socialisme est loin de pointer le bout de son nez. Les Lumières ont diffusé — souvent de manières ambiguës — les idéaux qui serviront de base au socialisme : l’égalité, la liberté ou la solidarité. Mais il manque encore la base historique : le mouvement ouvrier. Celui-ci va se nourrir de la révolution industrielle qui se déroule outre-Manche à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle dans l’Hexagone. L’économie alors très agraire et artisanale va devenir commerciale et industrielle, grâce à la mécanisation. Dans le même temps, l’exode rural, provoqué par un accaparement des terres agricoles, livre à l’industrie naissante une main-d’œuvre abondante et facilement...

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