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Les migrations intraeuropéennes, forces de déstabilisation Abonnés

Étrangement, c'est un sujet dont les eurosceptiques parlent peu. Grâce au principe de libre circulation au sein de l’espace Schengen, un nombre considérable d’Européens se sont, ces dernières années, établis dans un autre État membre de l’Union. Un phénomène migratoire massif, qui a accentué les déséquilibres économiques du continent.

Les migrations intraeuropéennes, forces de déstabilisation

C’est une vidéo qui a été massivement relayée sur les réseaux sociaux. Le 27 mars 2020, une longue file d’attente s’est formée au poste-frontière de Dorohusk, entre l’Ukraine et la Pologne. Des milliers d’Ukrainiens, des hommes jeunes pour la plupart, attendent dans le froid. Ils sont à pied, avec quelques bagages. L’Ukraine vient d’annoncer la fermeture de ses frontières pour lutter contre la propagation de la pandémie de Covid-19 ; ils craignent de ne plus pouvoir rentrer. Ils ne veulent pas rester dans ce pays où ils sont mal considérés et dont ils ne parlent pas la langue. Aussis, lorsque l’activité économique s’est effondrée et qu’ils se sont retrouvés au chômage, ils ont pris leurs maigres affaires et un ticket d’autocar pour Dorohusk, espérant retrouver leurs proches.

En Pologne, ils étaient ouvriers agricoles ou personnels d’entretien. Les plus chanceux travaillaient dans l’une des multiples usines d’assemblage qui ont ouvert ces dernières années. C’est que l’Europe centrale est devenue le « hub » industriel de l’Union européenne (UE). Entre 2011 et 2019, l’emploi dans l’industrie manufacturière polonaise a augmenté de 15 %. Profitant de salaires quatre fois inférieurs à ceux de l’Europe de l’Ouest, les entreprises y ont massivement délocalisé. La République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie sont devenues, avec la Pologne, le nouvel eldorado de l’industrie à bas coût. Outre une main-d’œuvre bon marché et bien formée, ces pays bénéficient d’une proximité géographique avec l’Allemagne, où se trouvent les donneurs d’ordre.

À eux quatre, ils constituent le groupe de Visegrád, qui est devenu le laboratoire européen des nouveaux mouvements politiques conservateurs et eurosceptiques. C’est au moment de la crise migratoire de 2015, par sa forte opposition à l’idée proposée par la Commission de Bruxelles de répartir les demandeurs d’asile entre les pays de l’UE, que le groupe de Visegrád...

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