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L'antispécisme, une rupture anthropologique majeure Abonnés

Pour les antispécistes, les animaux doivent être considérés comme des individus à part entière et sont les victimes, dans le cas des espèces domestiques, d'une barbarie qui s'apparente à l'esclavage et au génocide. L'un des penseurs du mouvement explique son combat.

L'antispécisme, une rupture anthropologique majeure

F.P. :
Pourriez-vous nous retracer l’histoire du courant antispéciste et nous dire dans quelle mesure il s’agit d’un concept éminemment politique ? 

JÉRÔME SEGAL:
Il faut partir du terme « spécisme », apparu au début des années 1970 sous la plume du psychologue britannique Richard Ryder. Ce dernier faisait partie d’un groupe de réflexion sur le campus de l’université d’Oxford rassemblant des végétariens engagés dans les luttes de leur époque auquel on donnera le nom de « groupe d’Oxford ». Ryder a écrit rétrospectivement : « Moi aussi je détestais le racisme, le sexisme et le classisme, mais pourquoi en rester là ? » Puisque le racisme est une discrimination fondée sur la race, de même le sexisme une discrimination fondée sur le sexe, le classisme sur les classes sociales, il a l’idée d’appeler « spécisme » la discrimination fondée sur l’appartenance à une espèce. Il ne s’agit pas du tout d’affirmer l’égalité en droit de toutes les espèces (personne ne veut donner le droit de vote aux poules !) mais d’exiger la prise en compte des intérêts des individus. Ces intérêts reposent sur leur capacité à être satisfaits, à ne pas souffrir, à avoir un développement conforme à leurs besoins. Pour Ryder, la lutte contre le spécisme, appelée « antispécisme » est une conséquence immédiate du darwinisme qui avait aboli la distinction magique (portée par les religions) entre les humains et les autres animaux. Les conséquences sont bien sûr politiques et rien d’étonnant à ce que des figures importantes du socialisme et de l’anarchisme comme Élisée Reclus, Louise Michel ou Rosa Luxembourg aient participé à l’émergence de ce courant, passant de la protection des animaux à leur défense puis à l’affirmation de droits.

F.P. :
En quoi l’ouvrage La Libération animale, publié par Peter Singer en 1975, a-t-il...

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