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Justice
Replacer la victime au centre du processus judiciaire Abonnés

Pour Maurice Berger, grand spécialiste des enfants violents, nos institutions, qu’elles soient politiques, médicales, judiciaires et éducatives ont petit à petit laissé s’installer un sentiment d’impunité au sein de la jeunesse, ayant pour effet de banaliser la délinquance des mineurs. Il nous présente ses solutions pour lutter contre cette dérive barbare. Propos recueillis par Barbara Lefebvre. 

Replacer la victime au centre du processus judiciaire

Front Populaire. : Quelles sont les grandes évolutions que vous avez observées auprès des enfants violents que vous côtoyez depuis quarante ans ? La nature de leur violence a-t-elle changé ?

MAURICE BERGER : J’observe chez des sujets de plus en plus jeunes une violence de plus en plus forte, souvent groupale et qui va « jusqu’au bout » : des coups qui pleuvent, de préférence sur la tête alors que la victime est déjà impuissante et au sol. Les agresseurs appellent cela « ramollir » une personne pour la mettre dans le coma, sans tonus musculaire. Ils n’éprouvent ni empathie, ni culpabilité et n’ont aucune conscience des lois, si bien que pour eux, frapper (voire tuer dans certains cas) n’est pas grave. Une telle violence peut être pratiquée à froid, et parfois même comporter une dimension jubilatoire orgiaque. Nous sommes tous à la merci de ce type d’agressions. Il suffit que nous portions un mauvais regard, ou prononcions un mot considéré comme « impoli ». En pareille situation, nous avons pris l’habitude prudente de baisser les yeux, de nous soumettre.

F.P. : Quelles sont les causes de cette évolution ?

MAURICE BERGER : Il y a un courant de pensée qui s’est imposé dans notre pays, selon lequel la sanction serait une forme de répression. Alors qu’une sanction apporte en réalité une réponse humaniste à la violence, puisque par principe, elle propose aux criminels et aux délinquants de réintégrer la société une fois qu’ils ont exécuté leur peine. Cela revêt donc une dimension éducative inhérente. Seulement, en Mai 68, le slogan « Interdit d’interdire » a introduit une disqualification progressive des interdits qui structurent la société et a favorisé la confusion entre autorité et abus d’autorité, confusion entretenue depuis lors par de nombreux médias. Il faut dire que prôner...

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