revue
Opinion
La violence, notre nouvelle pornographie Abonnés

Pour Guillaume Bigot, la France ne s’est pas pacifiée au cours des dernières décennies. Elle s’est plutôt ramollie en procédant à l’annulation culturelle des valeurs viriles, pourtant essentielles à la civilisation.

La violence, notre nouvelle pornographie

Nous vivons dans un monde où gifler un enfant turbulent et agressif est inconcevable, mais où égorger un passant dans la rue au motif d’un simple refus de cigarette est devenu presque banal. Nous voilà ainsi confrontés à un formidable paradoxe. D’un côté, notre seuil de tolérance à la violence est plus bas qu’il n’a jamais été dans notre histoire. De l’autre, après une baisse continue depuis les années 1970, le nombre de tentatives d’homicides par habitant et la proportion de coups et blessures augmentent à nouveau1.

Comment expliquer ce troublant phénomène ? Mon hypothèse est la suivante : alors que l’homme moderne se voulait pacifique, l’homme postmoderne est devenu pacifiste, oubliant un peu vite que refuser par principe tout affrontement, c’est accepter Auschwitz et les grands massacres du Cambodge ou du Rwanda. C’est perdre de vue qu’il y a pire que la guerre : l’asservissement.

Certes, plus une société est civilisée, moins elle fait couler de sang, moins elle frappe. Abaisser à son niveau le plus résiduel la brutalité individuelle et collective, tel est le but de tout contrat social. La politique institue la cité. La cité institue la police et la politesse. Plus une société est policée, plus ses habitants sont polis et moins elle a besoin de policiers.

LE TABOU DES TABOUS

Mais l’humanité se fonde également sur le combat pour la dignité. La querelle inaugurale hégélienne voit l’un des deux duellistes triompher de l’autre car il préfère sa propre destruction à son asservissement. Plutôt mort que rouge ; ou brun ; ou vert islam. « Tu montreras ma tête au peuple car elle en vaut la peine », rugit Danton sur l’échafaud. « La garde meurt mais ne se rend pas » répondirent les grognards aux Anglais qui leur offraient de se rendre à Waterloo....

Contenu réservé aux abonnés

Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.

commentaireCommenter

Vous aimerez aussi

La démocratie au péril de la démondialisation
La démocratie au péril de la démondialisation Abonnés

Alors que l’on s'est longtemps plu à croire que l’économie était enchâssée dans la démocratie, nous avons découvert qu’en réalité, au travers de la mondialisation, c’était bien souvent la démocratie qui était enchâssée dans l’économie. Mais la mondialisation est-elle la seule en cause ? Le problème n’est-il pas plus profondément enraciné dans les mythes du libéralisme ?

1 commentaire
« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. »
« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. » Abonnés

En France, tout candidat à l’élection présidentielle doit, s’il veut être officiellement autorisé à faire campagne, s’assurer de la « présentation » d'au moins 500 élus locaux. Nous avons demandé à l’un de nos plus grands constitutionnalistes de retracer l’histoire de cette procédure aux règles toujours plus complexes et aux effets toujours plus pervers.

0 commentaire
L’avenir de la démocratie dépend de celui du climat
L’avenir de la démocratie dépend de celui du climat Abonnés

La démocratie libérale et représentative, qui régit la plupart des pays industrialisés, n’est-elle pas vouée à être remise en cause par la révolution technologique et la transition écologique en cours ? Pour Antoine Buéno, deux scénarios se dessinent à l’horizon : soit « la fin de l’Histoire », soit l’instauration de régimes illibéraux placés sous le signe de la défense de l’identité et de l’urgence climatique.

7 commentaires