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"Le peuple entend simplement conserver son être" Abonnés

ENTRETIEN. Pour Vincent Coussedière, le succès des mouvements populistes s’explique principalement par l’inquiétude que nombre de nos contemporains ressentent devant la menace d’une décomposition pure et simple de leur pays. Une peur qui n’est ni de gauche ni de droite.

"Le peuple entend simplement conserver son être"


F.P. : Pouvez-vous définir dans les grandes lignes ce qu’est, selon vous, le populisme ?

Vincent Coussedière : Il me semble que le populisme est un phénomène beaucoup plus profond que ce que l’on désigne habituellement par ce terme. Il faut distinguer d’une part ce que j’appelle « le populisme du peuple » et d’autre part la « démagogie populiste », qui cherche à le récupérer politiquement. Le populisme du peuple correspond à un moment de crise de la démocratie, de crise de la souveraineté populaire. Le peuple n’a plus le sentiment d’être un peuple et d’être souverain. Le populisme est à la fois le sentiment de cette décomposition et la lutte contre cette décomposition. Les conditions du populisme sont réunies dès lors qu’un peuple politique est menacé dans son existence même, c’est-à-dire sur le plan de l’unité de ses mœurs comme de sa capacité à s’autogouverner par la médiation d’un État souverain. L’expérience collective du partage des mêmes mœurs est détruite par l’individualisme consumériste comme par la concurrence de modèles contradictoires issus d’une immigration de peuplement. La souveraineté de l’État est abandonnée à des organisations internationales. Soumis à cette double décomposition, le peuple entend tout simplement conserver son être même. C’est pourquoi j’ai défini, dès 2012, le populisme comme le « retour du refoulé des peuples européens » et comme « le parti des conservateurs qui n’ont pas de partis ». Je renverse la perspective habituelle qui s’intéresse davantage aux partis dits populistes qu’au populisme lui-même. Pour moi, le populisme du peuple est premier, et les partis populistes ne font qu’essayer de donner une traduction politique, souvent insuffisante, au désespoir du peuple. Le populisme est la maladie dont souffre le peuple, mais la maladie n’est pas le contraire de la santé, elle est la réaction d’un organisme encore sain...

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