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Didier Lemaire : « Samuel Paty n'est pas seulement mort de l'islamisme »

17/10/2022

TRIBUNE. Des discours, des photos, des bougies et des fleurs. Oui, bien sûr, mais les actes, où sont-ils ? Au lendemain de la journée d'hommage à Samuel Paty, Didier Lemaire, professeur de philosophie, prend la plume pour mettre des mots sur notre lâcheté collective. 

Didier Lemaire : « Samuel Paty n'est pas seulement mort de l'islamisme »


Note de la rédaction : Didier Lemaire est professeur de philosophie. Il a enseigné pendant deux décennies au lycée La Plaine-de-Neauphle à Trappes. Lui-même menacé pour avoir alerté sur les dangers de l'islamisme à l'école et dans la société, il a un temps été placé sous protection policière, avant de mettre sa carrière en suspens en février 2021. 

Samuel Paty n'est pas seulement mort de l'islamisme ni, de façon plus générale, d'une absence de réponse des pouvoirs publics face à l'offensive islamiste. Il est mort d'avoir été abandonné par l'institution. Si l'on ne tient pas ensemble ces deux causes, on continuera de poursuivre la même politique. Comme l'a affirmé avec force Mickaëlle Paty, qui a porté plainte, avec une partie de sa famille, contre l’État, pour non-assistance à personne en péril, lors de la cérémonie d'hommage à son frère dimanche : « Tant que rien ne change, c'est que rien n'est fait ».

David di Nota, l'auteur du livre qui interroge la part de responsabilité des autorités dans l'enchaînement des faits qui a conduit à l'assassinat du professeur, J'ai exécuté un chien de l'enfer, s'en est excusé, ce même jour, sur France Info : « Pardon de briser le bel unanimisme émotionnel actuel, mais je rappelle qu'un dépôt de plainte a été effectué par la famille Paty contre l’Éducation nationale et le Ministère de l'Intérieur. Nous sommes actuellement dans la situation surréaliste suivante : tout le monde lui rend hommage, mais personne ne veut répondre aux questions très simples et très concrètes contenues dans ce document de 80 pages. Si aucun juge d'instruction n'est saisi pour faire en sorte que les responsables de sa non-protection répondent de leur gestion, le message qui sera envoyé aux professeurs est le suivant : vous voyez, on peut vous assassiner, on peut vous décapiter, tous ceux qui sont en charge de votre protection s'en sortiront, eux, indemnes – qui avec la légion d'honneur, qui avec les palmes académiques. » Une allusion à la récompense de la rectrice de l'académie où fut assassiné Samuel Paty, remerciée de ses services à la nation. Comment ne pas donner raison à cet écrivain alors que le traitement des professeurs menacés – trois pour la seule ville de Trappes et combien de dizaines dans toute la France ? – reste toujours le même : minoration de la menace, déplacement et silence ?

Tandis que les autorités peinent à camoufler la tartufferie de leurs hommages sous des discours larmoyants et des rodomontades, le sentiment d'impunité semble gagner chez les élèves poussés par le vent de propagande victimaire qui souffle sur les réseaux sociaux. D'une part, parce qu'une large partie du corps enseignant ferme les yeux sur les atteintes à la loi et continue de croire que l'interdiction des signes dits « religieux » constitue une manifestation odieuse d'islamophobie. D'autre part, parce qu'un professeur ou un chef d'établissement qui voudrait réellement faire appliquer la loi se mettrait aussitôt en danger. La République ne lui ayant octroyé aucune mesure dissuasive, et aucune protection, comment pourrait-il faire cesser ces provocations ? Il lui faudrait par exemple, après un premier avertissement, pouvoir ordonner la convocation des parents devant un juge aux affaires familiales afin de poser la question de leur autorité parentale, voire, pour les étrangers, envisager leur expulsion. Il lui faudrait traiter cette infraction non comme une « atteinte à la laïcité », mais comme un trouble à l'ordre public, une contestation des principes de liberté et d'égalité, relevant de l'affichage de signes d'organisations criminelles. Car le voile, les abayas et les qamis ne sont rien d'autres que des étendards de l'islamisme.

Mais l'heure n'est certainement pas à mettre en place un plan pour protéger ces jeunes français de l'emprise communautaire et de leur instrumentalisation par des entrepreneurs de colère. L'heure n'est pas non plus à protéger l'école de l'islamisme. L'heure est aux discours lénifiants de tolérance et de victimisation. D'aucuns, se drapant dans leur bonne conscience « antiraciste », voudraient même prendre pour une liberté des signes qui n'ont rien de traditionnels ni de religieux et qui ont été utilisés par les mollahs iraniens pour mener leur révolution, ou qui servent aujourd'hui aux Frères musulmans de Turquie, du Qatar ou d’Égypte à faire avancer leur projet d’État islamique planétaire purifié des mécréants et des mauvais musulmans. Non, l'heure n'est décidément pas de stopper la menace qui progresse dans notre société et qui, année après année, érode un peu plus nos institutions. Deux ans après l'assassinat de Samuel Paty, la peur et la lâcheté ont gagné.

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