economieidées

David Cayla : « Sur de nombreux points, l'Acte unique européen est allé bien plus loin que le tournant néolibéral de Thatcher et Reagan »

ENTRETIEN. L'Acte unique européen était signé en février 1986, sans vote populaire, ouvrant la voie aux traités de Maastricht, de Lisbonne et aux étapes suivantes de la supranationalité européenne. Quarante ans plus tard, que faut-il en retenir ? Analyse en détail de cette pierre angulaire du néolibéralisme européen avec l'économiste David Cayla.

jacques-delors-acte-unique-europe-david-cayla
Jacques Delors, l'un des principaux artisans de l'Acte unique européen.© LEFEVRE SYLVAIN/SIPA


David Cayla est maître de conférence en économie à l'Université d'Angers. Spécialiste du néolibéralisme, de l'économie européenne, et fin connaisseur de la question du protectionnisme, il défend une économie hétérodoxe. Son dernier livre en date : La gauche peut-elle combattre le néolibéralisme ? (éd. Le Bord de l’eau, 2024).

Front Populaire : Quelles sont les origines de l’Acte unique européen ? Dans quel contexte politico-économique advient-il ?

David Cayla : Au début des années 1970, le système monétaire et financier hérité de l’après-guerre explose. En renonçant à garantir la convertibilité du dollar en or, le président américain Richard Nixon met fin au régime des parités fixes, c’est-à-dire à un système monétaire où les monnaies étaient échangées entre elles à des taux de conversion stables et négociés politiquement. Cette stabilité des échanges avait pour but de sécuriser le commerce et d’éviter les guerres monétaires.

Par sa décision unilatérale, Nixon rouvre la voie aux guerres monétaires et aux conflits commerciaux. Cela a immédiatement déstabilisé le projet d’intégration économique de la CEE. Mais ce n’était pas le problème des États-Unis. Aux dirigeants européens venus le voir, inquiets, le ministre des Finances de Nixon, John Connally, répondait : « le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ».

Ce problème était d’autant plus crucial qu’à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979, l’inflation s’est remise à augmenter fortement. Cette instabilité monétaire pouvait être traitée de deux manières. On pouvait choisir de lutter contre l’inflation, ce qui implique de contrôler le crédit avec des taux d’intérêt élevés et de réévaluer sa monnaie pour réduire le coût des importations ; c’est la stratégie qu’a adopté l’Allemagne. Ou alors on pouvait préférer ne pas se préoccuper de l’inflation, garder des taux d’intérêt relativement faibles et laisser sa monnaie nationale se déprécier pour maintenir sa compétitivité-prix ; c’est ce qu’a choisi la France. Le problème est...

Vous aimerez aussi