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La disparition programmée des métiers rares est-elle inéluctable ?

OPINION. Doreur d’orgues, notre lectrice déplore la disparition progressive de nombreux métiers artisanaux. Mais avec le regain d’intérêt des Français pour la préservation de leur patrimoine, cette dynamique n’est pas forcément inexorable.

La disparition programmée des métiers rares est-elle inéluctable ?


Vous ne vous formez pas par hasard aux anciens métiers liés à l’histoire de l’art et du patrimoine, qu’il soit réel ou intellectuel. Soit vous êtes tombé dedans quand vous étiez petits, parce que vos parents, votre famille ou les enseignants qui savent passionner leurs élèves vous ont appris à regarder autour de vous, à vous intéresser à l’architecture, la sculpture, les décors, les anciennes industries… tous ces métiers venus du temps passé, et aussi à votre belle langue française. Soit vous avez découvert l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et vous êtes resté fasciné par le génie et l’habileté de vos lointains ancêtres. Soit vous y avez été conduit par un concours de circonstances, comme c’est mon cas.

Passionnée de musique baroque (et formée au décor peint par ma mère peintre et ancienne élève des Arts Décos), l’ornementation des instruments anciens, ou créés comme les anciens, s’est imposée à moi. Et apprendre à poser les feuilles d’or était indispensable pour en orner clavecins et buffets d’orgues. Je ne me suis pas beaucoup enrichie financièrement, mais ma vie a été un vrai bonheur. La « rencontre » de mes grands prédécesseurs des siècles passés à travers leurs réalisations parvenues jusqu’à nous, et celle, plus réelle, de musiciens et de créateurs d’exception, conduisent à une passion intemporelle, et aussi à une grande modestie.

Le cri d’alarme que nous poussons depuis longtemps se perd dans une sorte de désert, tandis que s’écroulent autour de nous non seulement les marchés et les clients privés, mais hélas les fournisseurs qui, eux aussi, font partie des métiers rares. Parlons de ceux-ci dans mon cas personnel. Nous avions en France une remarquable et très ancienne fabrique de ces feuilles d’or que nous posons : les Établissements Dauvet, à Excenevex. Faute de quelques subsides, et peut-être de marchés...

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