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Affaire de Nanterre : le droit instrumentalisé

CONTRIBUTION / ANALYSE. La mort de Nahel, 17 ans, a donné lieu à des émeutes partout en France. Mais aussi à un concert politico-médiatique de récupérations grossières et d'instrumentalisation du droit et de la justice, note Régis de Castelnau.

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L’affaire Nahel, au-delà de sa signification politique et sociale, démontre une fois de plus l’inculture juridique et judiciaire non seulement de l’opinion publique de notre pays, mais également de sa classe politique. Cette ignorance de ce qu’est et de ce que doit être la justice dans une démocratie représentative permet toutes les manipulations et toutes les démagogies.


Premières constatations


Du point de vue judiciaire, la mort du jeune Nahel est un événement que l’institution prévue à cet effet va appréhender, pour d’abord dans un premier temps établir ce qu'il s’est passé, puis qualifier juridiquement les faits pour en tirer les conséquences par des décisions ayant force exécutoire. Dans la mesure où l’État va exercer à cette occasion sa « violence légitime », le processus d’élaboration doit être strictement normé et pour fonctionner, la justice pénale doit respecter un certain nombre de principes essentiels, en général très mal connus, et assurer un débat contradictoire – seul moyen d’appréhender le réel pour aboutir à une « vérité judiciaire » utilisable par le juge. Et c’est tout, simplement tout, la justice, comme la plus belle des femmes, ne pouvant donner que ce qu’elle a.

Malheureusement pour différentes raisons, la justice française, faute de moyens et du fait d’une politisation dangereuse est à la dérive. Et ceux qui poursuivent des objectifs sans rapport avec cette mission vont systématiquement et à chaque fois tenter de la manipuler. L’affaire Nahel en est une nouvelle illustration. Et l’on sait qu’assigner à la justice des objectifs qui ne sont pas les siens implique nécessairement la mise en cause des principes fondamentaux et par conséquent des libertés publiques.

Dans la tragédie de Nanterre, une vidéo de quelques secondes a donné à voir une violence policière inutile qui s’apparentait à un homicide volontaire. Suscitant l’émotion que l’on connaît, les utilisations politiciennes et l’explosion sociale...

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