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« Deux grands esprits français » : Eugénie Bastié loue la rencontre Houellebecq-Onfray organisée par Front populaire

26/11/2022

ARTICLE. Ce vendredi 25 novembre, l’éditorialiste et journaliste Eugénie Bastié a dédié sa chronique à notre hors-série Front populaire consacré à l’écrivain Michel Houellebecq. L’occasion pour elle de saluer notre initiative de dialogue entre deux hommes libres observant le déclin de l’Occident.

« Deux grands esprits français » : Eugénie Bastié loue la rencontre Houellebecq-Onfray organisée par Front populaire


Note de la rédaction : nous retranscrivons ici la chronique d'Eugénie Bastié, relancée par Dimitri Pavlenko dans l'émission Europe matin sur Europe 1. Commandez votre numéro ici.

Eugénie Bastié : Michel Onfray et Michel Houellebecq dialoguent ensemble dans ce hors-série de la revue Front populaire.

J’ai pu lire en avant-première cette conversation exceptionnelle qui paraitra la semaine prochaine. C’est vraiment une belle idée d’avoir réuni ces deux esprits. D’un côté l’écrivain qui décrit avec une précision chirurgicale la solitude des individus dans la société postmoderne. De l’autre, le philosophe qui a conceptualisé le déclin d’un Occident vidé de toute transcendance.

Deux déclinologues qui débattent de la fin de notre civilisation sur 45 pages, il y a de quoi se passer la corde au cou. Et bien pas du tout, c’est absolument passionnant ! Ils parlent de tout : la démographie, le christianisme, l’islam, Elon Musk, le transhumanisme, de Gaulle, Dieu, la Corrida, l’Union européenne, le tourisme, le péché originel, le Grand remplacement et même le Seigneur des anneaux.

Une conversation éclectique ou la liberté de ton côtoie la profondeur de champ, ou le savoir encyclopédique d’un Michel Onfray fonctionne à merveille avec l’humour corrosif d’un Michel Houellebecq.

Dimitri Pavlenko : Est-ce qu’il y a des sujets sur lesquels ils sont en désaccord ?

Eugénie Bastié : Oui et pas des moindres, Dieu d’abord. Houellebecq dit qu’il n’est pas athée, mais agnostique et qu’en l’état actuel des sciences astrophysiques, on ne peut pas déterminer si un grand architecte a conçu ou pas l’univers. Pour Onfray c’est réglé, Dieu n’existe pas.

L’euthanasie ensuite. Houellebecq est contre. Il pense que la douleur physique n’est plus un problème grâce à la morphine. Onfray lui est pour. Il raconte, et c’est assez émouvant, comment en 2013 il a aidé sa compagne avec qui il a vécu pendant 37 ans, qui était atteinte d’un cancer, à mourir. La chasse, enfin. Onfray est contre et considère que tuer les animaux est, je le cite, une « passion triste » tandis que pour Houellebecq, je le cite, « une bête abattue par un chasseur c’est un animal tué par un prédateur plus rusé, c’est la vie. »

Dimitri Pavlenko : ils se retrouvent tout de même sur l’essentiel ces deux-là, hein ?

Eugénie Bastié : Oui, alors notamment leur rejet commun de l’UE. C’est leur bête noir à tous les deux. Houellebecq est absolument contre. Onfray est même partisan du « Frexit ». Houellebecq propose lui l’élection des juges par les citoyens, et un référendum sur le budget de l’État.

« Vous êtes comme moi en fait, vous êtes populiste », lui lance Onfray. Et Houellebecq de répondre : « ça me va. De droite, j’ai des doutes, mais populiste, ça me va. »

Alors, au moment où on ne cesse de fustiger la rupture entre les élites et le peuple. Que deux des intellectuels français les plus connus se disent « populistes », je trouve ça intéressant.

Dimitri Pavlenko : Est-ce que tous les deux se sentent des prophètes ?

Eugénie Bastié : « Comme prophète, j’ai toujours trouvé que j’étais un peu surévalué », dit Houellebecq, qui rappelle qu’il avait vu un truc juste dans Soumission en 2015 ; « j’avais deviné que l’université serait un des premiers lieux de collaboration avec l’islamisme ». Ce n’était pas évident à l’époque, le mouvement woke n’existait pas encore en France. Quant à Onfray, il dit que la Guerre civile n’est pas à venir, mais qu’elle est déjà là, à bas bruit, pour qui veut bien la voir.

Alors je ne sais pas si ces deux-là sont prophètes, je n’espère pas d’ailleurs, mais ce sont deux grands esprits français, profonds, déliés, puissants et surtout libres. C’est une conversation formidable de la revue Front populaire !

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