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André Gerin (ex-PCF) : « Il faut cesser de traiter les électeurs du RN comme des parias »

LE ROND-POINT. Parmi les figures contemporaines du communisme français, il est l’un de ceux qui connaît le mieux l’industrie et le monde du travail. Mais après plus d’un demi-siècle de militantisme, dont près de vingt ans à l’Assemblée nationale, André Gerin vient de claquer la porte du PCF pour protester contre l’alliance avec la NUPES, un « scénario diabolique » selon lui. Au lendemain de cette décision difficile, nous l’avons interrogé sur les raisons de son divorce avec l’ex-premier parti ouvrier de France.

André Gerin (ex-PCF) : « Il faut cesser de traiter les électeurs du RN comme des parias »


F.P. : Pourquoi avez-vous décidé de quitter le Parti communiste français ?

André Gerin : Avec la création de la NUPES, pour moi le vase a débordé. Je ne peux pas accepter que l’on suive celui que j'appelle « le timonier Mélenchon », qui flirte trop avec la décroissance et le gauchisme. Cela dit, cela faisait longtemps que j’avais de fortes réserves au sein du parti. Je suis rentré en dissidence au congrès de Martigues en 2000, pour m’opposer à Robert Hue, qui s’était aligné sur le gouvernement de Lionel Jospin. Ensuite, j’ai été de ceux qui ont regretté que Pierre Laurent soutienne Mélenchon aux présidentielles de 2012 et de 2017.


F.P. : Comment vivez-vous cette rupture sur le plan personnel ?

A.G. : J’étais militant depuis cinquante-huit ans, donc c’est évidemment une souffrance. Tout mon parcours, professionnel, syndical, intellectuel et politique se confond avec le communisme. C’est par exemple grâce au Parti communiste que j’ai appris la philosophie, moi qui étais ouvrier autodidacte aux usines Berliet. Puis j’ai été maire de Vénissieux entre 1985 et 2009, avec le projet communiste chevillé au corps. C’est une page qui se tourne. Mais je dois dire que je me sens aussi libéré depuis que j’ai démissionné. Car si j'ai toujours l’ADN communiste en moi, je crois que, depuis Robert Hue, ce n’est plus tellement le cas à la direction du parti.


F.P. : Avez-vous cessé de croire dans le grand soir ?

A.G. : Le grand soir, la table rase, c’est selon moi une grande illusion. J'ai beaucoup réfléchi à la révolution d'Octobre, à sa résonance fantastique au niveau mondial, et j’estime que les communistes doivent accepter les réalités qui dérangent, qu’ils sont dans l'obligation de faire un inventaire du génocide stalinien et des massacres sous Mao. C’est indispensable s’ils veulent, comme...

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