Edito

Des nouvelles du front

Stéphane SIMON

07/06/2023

L'édito de Stéphane Simon.

Des nouvelles du front


Il y a ceux qui traitent Poutine de « fou » et les pro-Russes de « traîtres ». Et ne pensent pas plus loin. Ceux qui traitent Zelensky de « psychopathe » et les pro-Ukrainiens d’« ukronazis ». Et ne pensent pas plus loin. Mais qui se demande si cette guerre est la nôtre ?

Ce numéro de Front Populaire se propose de penser la guerre. Penser la guerre et ses impensés. S’interroger aussi sur ce que Pierre Conesa appelle le « complexe militaro-intellectuel », c’est-à-dire ce bellicisme de plateau de télévision qui rabâche le plus souvent les éléments de langage de l’OTAN, pense encore que tout ce qui vient des États-Unis est intrinsèquement bon et bien. Que l’impérialisme américain ait frappé partout sur la planète depuis soixante-dix ans ne leur pose pas de problème. Ces guerres sont bonnes, car elles sont « justes ». Leur niveau de profondeur d’analyse se bornant à répéter que Poutine, c’est Hitler, et que si on ne l’arrête pas maintenant, il ira jusqu’à Berlin…

Alors, qu’attendez-vous pour enfiler vos bottes ?

À Front Populaire, nous sommes de ceux qui préfèrent enfiler des bottes pour aller marcher à la campagne, dans les herbes hautes. Nous savons que Poutine est un impérialiste, mais que les États-Unis sont aussi une puissance impérialiste, que la guerre russo-ukrainienne n’a pas commencé le 24 février 2022 mais bien avant et que, contrairement à ce que prétend la vulgate antinationale, c’est le choc des impérialismes qui a conduit à la guerre.

Nous ne renvoyons pas dos à dos Poutine et Biden, mais nous aurions aimé que des précisions soient apportées en lieu et place du déluge de propagande qui nous a été servi.

Nous sommes de ceux qui imaginent que la France aurait dû se forcer, d’abord, à faire la guerre à la guerre, dans une posture gaulliste de troisième voie qui nous aurait permis de penser, d’abord, à l’intérêt de la nation, avant de s’aligner sur la puissance américaine.

Nous sommes aussi de ceux qui savent qu’un avenir sans dialogue avec l’Est n’est pas raisonnable pour l’Europe et que le destin d’une Russie slavophile, antioccidentaliste et tournée vers la Chine, n’est pas de bon augure pour le Vieux Continent.

Penser la guerre et l’exigence diplomatique, réfléchir sur les causes autant que les conséquences, inscrire le conflit dans l’histoire des hommes, c’est tout le programme de ce numéro qui propose une réflexion plus instruite qu’une émission de LCI. Tant pis si d’aucuns nous expliquent que la paix c’est « faire le jeu de… la collaboration ! »

Au jeu des citations idiotes, vous pourrez leur répondre par la sagesse populaire : « Entre la peste et le choléra… »

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