Michel OnfrayEditoFPContenu payant

Un chamane autiste

L'édito de Michel Onfray.

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Il existe une peinture de Monsù Desiderio, le nom unique de deux peintres de la contre-réforme, qui montre, dans une gamme de noirs profonds, noir bitume, noir infernal, noir cosmique, noir d’après incendie, noir du néant, un saint Augustin sur une plage avec, en fond de scène, les ruines d’une ville dont on imagine par ses restes majestueux qu’elle fut sublime. Un bateau échoué sur la plage raconte qu’il y eut un raz-de-marée suivi d’un retrait de la mer.    

   Ce que François de Nomé et Didier Barra peignent, au-delà de ce qui se voit au premier abord, c’est la fin d’une civilisation emportée par une vague monumentale et la méditation d’un docteur de l’Église dans les ruines de ce qui fut cette civilisation. Ce que ne sait pas Augustin, c’est que ce qui va remplacer la civilisation engloutie est une civilisation qui lui doit l’essentiel, c’est la nôtre : la civilisation judéo-chrétienne.

Les statues projetées de leurs niches au sol, les pierres détachées de leur édifice porteur, la coupole éventrée d’un bâtiment, les constructions vidées de leurs habitants, le ciel d’un noir d’encre crevé par une lumière jaune blafarde, les sculptures demeurées sur les temples définitivement pétrifiées, vidées de leur sens, c’est exactement ce que nous vivons : un monde mort qui subsiste par ses seules ruines. 

Mais, dans un détail de cette petite peinture par le format, mais qui s’avère immense par sa signification, on découvre un saint Augustin s’adressant à un enfant qui semble nu et qui remplit d’eau de mer un trou dans le sable. Cette scène dans la scène est une allégorie dans l’allégorie. Elle renvoie très précisément à une légende médiévale : sur une plage, Augustin aurait rencontré un enfant, d’autres disent un ange, sinon l’Enfant Jésus lui-même qui, avec ses mains, une coquille ou une cuillère,...

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