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Jacques Sapir : « La doctrine géopolitique de Donald Trump est en réalité une politique de repli stratégique »

ENTRETIEN. La tectonique des plaques géopolitiques a connu quelques notables secousses dès le début d'année, en premier lieu avec l'opération américaine au Venezuela du 3 janvier. Avec des conséquences économiques, politiques, juridiques durables ? Point global autour de l'évènement et de ses possibles retombées avec l'économiste Jacques Sapir.

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Manifestation contre Donald Trump à Buenos Aires, Argentine, 5 janvier 2025.© Rosana Alvarez Mullner / /SIPA


Front Populaire : L’opération américaine du 3 janvier a suscité de nombreuses critiques, pour qui elle constitue une entorse terrible au droit international, sur un mode “la raison du plus fort est toujours la meilleure”. Dit de manière un peu provocante : concrètement, le droit international existe-t-il ailleurs que dans l’imagination collective des Européens ?

Jacques Sapir : Bien sûr ! L’origine du droit international remonte à Grottius (Hugo De Groot, 1583-1645) avec son ouvrage Le Droit des Gens, où les « Gens » sont en réalité les nations. Cette origine est en fait liée au droit maritime, qui définit notamment ce qui relève de la piraterie ou au contraire de la course (c'est-à-dire des corsaires). Depuis cela, les grandes puissances admettent qu’elles ne peuvent pas tout se permettre, surtout quand elles risquent de se trouver face à d’autres puissances. Ce que nous dit l’opération américaine du 3 janvier 2026, ce sont donc deux choses distinctes.


Croire que la violation du droit annule le droit est une ânerie.


La première n’est pas que la violation d’un droit supposé inviolable serait la fin du droit. Le droit international a été régulièrement violé au XIXe, au XXe et au XXIe siècle, par exemple lors des bombardements américains sur le Nord-Vietnam (la RDVN) – à partir d’un mensonge flagrant, le supposé « incident du Golfe du Tonkin ». Nous avons aussi l’intervention illégale – du point de vue des Nations-Unies – de l’Irak en 2003. Pourtant, les Etats-Unis ont continué de se référer à des principes de droit international quand ils y ont trouvé un intérêt ou quand ils y ont été contraints. Croire que la violation du droit annule le droit est une ânerie. À ce compte-là, chaque fois qu’un vol est commis, il n’y aurait plus de droit en France. Ce que nous dit l’opération du 3 janvier, c'est...

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