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Florence Bergeaud-Blackler : « Mes thèses n’ont pas été réfutées sur le plan scientifique : elles sont contestées par le biais d’actions judiciaires, ou par intimidation »

ENTRETIEN. L'anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste de l'islam radical et du courant des Frères musulmans (sujet qu'elle a été amenée à évoquer dans nos colonnes) a récemment attiré l'attention du Monde, le quotidien de référence lui ayant consacré un portrait à charge. Que signifie cette offensive médiatique ? Nous l'avons interrogée afin d'obtenir sa version des faits.

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Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue.© ISA HARSIN/SIPA


Front Populaire : Vous avez récemment fait l'objet d'un portrait-enquête particulièrement à charge de la part du Monde. Savez-vous au nom de quoi ?

Florence Bergeaud-Blackler : Au nom de la même logique qu'en 2023. Il fallait discréditer l’auteur pour que le livre ne soit pas lu. Cela a échoué, mon livre a entrainé la mise en place d’un rapport d’information (le rapport Courtade Gouyette (1)) d’un rapport de sénateurs (2), d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale (3) et d’un vote à l’Assemblée nationale (4) demandant que la confrérie soit interdite au niveau de l’UE.

Ce qui apparaît cette fois, c'est que l'article du Monde est moins virulent que ceux parus il y a trois ans au moment de la sortie du livre, utilisant des témoignages anonymes contre moi. En réalité l'intention reste identique : fabriquer l'apparence d'une controverse pour forcer une réaction institutionnelle. Le sous-titre est éloquent : « la chercheuse qui embarrasse le monde académique ». Pas « qui questionne », pas « qui dérange » qui embarrasse, un mot soigneusement choisi pour appeler une sanction de mon employeur, le CNRS. Le journaliste ne respecte aucune des règles déontologiques de sa profession, comme je l’ai montré dans ma réponse parue dans la NRP (5).


Front Populaire : Le Monde énumère les critiques visant votre travail de chercheuse et émanant du monde académique. Êtes-vous la paria qu'ils décrivent ?

Florence Bergeaud-Blackler : Si j'étais véritablement une paria, le journaliste n'aurait eu aucune difficulté à trouver des collègues prêts à témoigner à visage découvert contre moi. Or ce qui ressort de l'article, c'est précisément l'inverse : l'embarras, voire le silence, de ceux qu'il a sollicités. Gilles Kepel, absent. Les « grands noms de la recherche », anonymes ou silencieux. C'est assez révélateur. Il n’a trouvé que des plaintes en justice dont aucune n’a abouti pour le moment. En réalité, mes thèses n’ont pas été réfutées...

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