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Le Groenland, l'Europe et la souveraineté

CONTRIBUTION / OPINION. Le Groenland, c'est l'Europe, clament en cœur les européistes. Une épreuve pour la « souveraineté européenne », même. Mais comment prétendre défendre une (très discutable) souveraineté européenne quand les souverainetés nationales sont autant menacées ?

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© CHINE NOUVELLE/SIPA


Le 11 février dernier, la revue des européistes francophones, Toute l’Europe, titrait : «  Le Groenland, (…) test grandeur nature pour la souveraineté européenne ». C’est assez stupéfiant si l’on rappelle le déroulement des faits. Le Danemark était entré dans la Communauté économique européenne (CEE) en 1973. Or le vote qui eut lieu à l’époque pour ratifier cette adhésion montra que 70% de la population groenlandaise y était opposée. Peu importe, le Groenland n’en fut pas moins incorporé à la Communauté. Déjà, l’Europe confisquait les résultats électoraux, c’est-à-dire la démocratie. Certes, le droit était respecté : les voix des 50.000 Groenlandais, noyées au sein de celles du peuple danois, n’avaient aucune chance de se faire entendre. Mais n’aurait-il pas été sage de tirer quelques conclusions de ce refus ? Non, on préféra aller de l’avant, le Groenland et ses richesses étaient dans la Communauté économique européenne, c’était l’essentiel. Ce qu’en pensait la population locale était sans importance. Combien de fois ne retrouvera-t-on pas cette même attitude hautaine et antidémocratique de la CEE, puis de l’Union européenne !

Les Groenlandais goutèrent dès lors aux « bienfaits » de l’Europe, c’est-à-dire au pillage de leurs ressources halieutiques par les pays européens ayant tous, désormais, accès aux eaux groenlandaises. Or il est essentiel de comprendre que c’est cette entrée dans la CEE qui accéléra la montée du mouvement indépendantiste et identitaire au Groenland. Celui-ci finit par obtenir un référendum en 1985 sur cette incorporation dans la CEE. Les résultats furent sans appel : 75% de la population groenlandaise prit part au vote et 53% se prononcèrent  pour le retrait de la CEE : il fut effectif le 1er février de la même année. C’est toujours la situation aujourd’hui. Et c’est dans ce contexte que la revue Toute l’Europe ose présenter la question groenlandaise comme « un test grandeur nature pour la souveraineté...

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