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L’Événement est pour bientôt

CONTRIBUTION / OPINION. La dictature de l’immédiateté médiatique est un fléau de nos sociétés contemporaines. Comment comprendre notre époque si un événement chasse sans cesse l’autre ?

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Crédits illustration : © Mourad ALLILI/SIPA


Qu’y a-t-il de nos jours de plus brusqué, troqué, truqué que l’Événement ? Il y a deux ans, la guerre en Ukraine provoquait la stupeur d’un monde à la recherche de sens. La sensation avait suffi. L’air de notre temps, vaporisé de scandales, de rebondissements en tout genre et de conversion idéologique forcée, indique l’orientation d’une époque en maturation informationnelle régressive, celle de l’Événement.

L’événement succédant toujours à un autre signale le moment où la prière doit se faire. Le lendemain encore agité des nouveautés de la veille, une guerre se déclenche ailleurs ou une remarque sexiste nous révolte. Si nous pensions finie une tuerie sordide dans une école, il nous est annoncé le surlendemain qu’une église a brûlé et que les auteurs sont recherchés. L’information est devenue événement parce que la surprise doit toujours l’emporter désormais sur la raison.

L’événement c’est aussi l’art de nous faire attendre. De l’intronisation de Charles III au remaniement ministériel, il y a ce temps où l’âme patiente et cherche sa consolation comme elle le peut. À ce moment-là, avant que l’une ou l’autre des têtes couronnées se fassent anoblir, nous nous faisons les ongles en scrollant sur nos écrans et en likant certains instants que les réseaux nous donnent à voir. Nous avons soif et l’eau bénite ne se buvant pas au goulot, une quelconque phrase twittée annonçant la date du lancement des JO ne fait que frustrer davantage le consommateur d’infos.

Car c’est bien là que je voulais en venir. Si l’événement est la marque de fabrique de notre époque, c’est que le lecteur assidu, le curieux du dimanche achetant la presse papier, a été remplacé par le boulimique abreuvé du prime time permanent. Alors oui, l’événement n’est même plus l’événement, car il est présent à chaque seconde qu’un journaliste braque sa caméra...

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