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Lampedusa submergée : pourquoi les nationaux-libéraux sont-ils à côté de la plaque ?

Dorian Bal

15/09/2023

CONTRIBUTION / OPINION. 8000 migrants sont arrivés en 24 heures sur la petite île de Lampedusa, en Italie. Des images sensationnelles qui illustrent l’impuissance du gouvernement italien à réaliser sa promesse de contrôle des flux migratoires.

Lampedusa submergée : pourquoi les nationaux-libéraux sont-ils à côté de la plaque ?


« La honte de Lampedusa », titrait le quotidien La Stampa, après l'arrivée massive de nouveaux clandestins sur l'île italienne, devenue la principale porte d'entrée migratoire vers l'Europe. 160 bateaux transportant 8000 migrants ont débarqué en l'espace de 24 heures, laissant un centre de la Croix Rouge dépassé. Lampedusa, qui ne s'étend que sur 20,2 km² et abrite 6299 habitants, est confrontée à une vague migratoire d'une ampleur sans précédent. Cette situation met en lumière le naufrage de ceux qui ont pourtant été élus sur la promesse d’un changement de la politique migratoire italienne.

En 2022, le nombre d'arrivées de migrants en Italie a dépassé de près de 40 000 celui de l'année précédente, atteignant le chiffre le plus élevé depuis 2017, selon le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi. En 2023, ces chiffres continuent de grimper, approchant le record absolu de 180 000 enregistré en 2016.


Identité sans souveraineté n’est que ruine d’espoir


« L'Italie et l'Europe ont besoin d'immigration », a déclaré Giorgia Meloni, en juillet dernier, dans un passage de son intervention à la Farnesina lors de la conférence sur les migrations.

La leader du mouvement nationaliste Fratelli d'Italia, arrivée au pouvoir en septembre 2022, avait pourtant suscité un grand enthousiasme en promettant de ralentir l'afflux de migrants. Cependant, la réalité se révèle toute différente, car depuis janvier, le nombre de migrants a augmenté de 103 %. Dès son accession au pouvoir, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait menacé le pays de « sanctions » s'il dérogeait aux principes démocratiques à la base de l’Union. Or, le président du Conseil italien doit composer avec les conditions négociées par son prédécesseur, pour bénéficier d’un plan de relance européen de près de 200 milliards d’euros, vital pour une Italie endettée à 150 % de son PIB.  

« Lutter contre l’immigration dans le cadre de l’UE et de Schengen, c’est le Kärcher de Nicolas Sarkozy : un Kärcher sans eau. », rappelle Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit. En effet, il est clair que les traités européens, en particulier le traité d'Amsterdam de 1999, ont marqué un tournant décisif en confiant la gestion de l'immigration au niveau supranational, limitant ainsi considérablement la marge de manœuvre des États membres.

Cette évolution est minutieusement détaillée dans les articles 67, 77, 78 et 79 du Traité sur le fonctionnement de l'UE. L'article 67 établit un cadre global pour une politique commune sur les frontières, l'asile et l'immigration, tandis que les articles 77 et 78 précisent cette politique en éliminant les contrôles aux frontières. Enfin, l'article 79 se penche spécifiquement sur la politique d'immigration.

Un autre aspect crucial du problème réside dans l'espace Schengen, qui promeut la libre circulation des personnes entre les États membres tout en exigeant une coordination des politiques de contrôle des frontières extérieures.

En outre, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) complique les expulsions, même en cas de demandes d'asile rejetées. La législation de l'UE, comme le règlement Dublin III, est difficile à appliquer efficacement, ce qui permet aux immigrants illégaux de se déplacer librement en Europe.

Rappelons que la jurisprudence de la CEDH et de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) joue un rôle majeur dans la protection des droits des migrants. Leurs décisions imposent des limites aux expulsions et aux mesures répressives, contraignant ainsi les États membres à respecter ces normes. La question du droit d'asile, associée à la jurisprudence de la CEDH et de la CJUE, pose des défis juridiques considérables, créant un contexte complexe pour la gestion de l'immigration au sein de l'UE.


Désillusion criminelle : à qui la faute ?


Ainsi, « L’Europe n’est pas débordée, elle veut ça », rappelait le philosophe Michel Onfray le 14 septembre. La difficile gestion migratoire ne se limite pas seulement à une perte de souveraineté. En effet, les premiers responsables de cette tragédie sont ceux qui continuent d'exploiter l'immigration à des fins économiques. En tête de cette liste se dressent nombre d’élites politiques, alliés du capital dont l’idéalisme mondialiste persuadé que l'immigration est la clé de toute relance économique. Récemment, elles ont révélé, en France, leur véritable nature en proposant la nécessité d'une régularisation de travailleuses et de travailleurs sans-papiers, que l'on retrouve en première ligne dans les secteurs en tension comme le BTP, l'hôtellerie-restauration, la propreté, la manutention, l'aide à la personne.  

Cependant, loin de cet utopisme, la précarité économique (inflation, chômage) et la santé de nos sociétés rappellent que nous sommes incapables de les accueillir dignement sinon par une baisse des salaires nationaux. Qu'il s'agisse de la migration intra-européenne ou extra-européenne, cette immigration est, de fait, antisociale. Qu’elle se traduise par un nivellement : quand l’immigration illégale sert à livrer des repas à Saint-Germain-des-Prés ou lorsqu’elle est légale en provenance de pays de l’Est, cette main-d'œuvre à bon marché porte toujours préjudice à nos travailleurs. En 2019, le porte-parole du Collectif des Livreurs Autonomes de Paris (CLAP75) parlait d'environ 30 000 livreurs sans papiers seulement dans la capitale.

D'un autre côté, la technocratie bruxelloise, imprégnée de cette vision, trouve sa métaphore dans la scène aussi surréaliste que lunaire où la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, est en train de tricoter pendant le discours sur l'état de l'union 2023 prononcé par Ursula von der Leyen au Parlement.

Finalement, en toile de fond, mais tout aussi coupables, se tiennent les passeurs, bateliers d’Afrique du Nord. Ces « négriers d'en bas », servent les intérêts des « négriers d'en haut ». Un exemple manifeste de cette collusion se manifeste à travers l'ONG « Sea Watch » de Carola Rackete, qui a forcé l'entrée du port de Lampedusa. , grassement financée par l’Église protestante d'Allemagne.

L'exemple italien à Lampedusa n'est pas isolé, il reflète un syndrome répandu au sein de la droite identitaire libérale, largement eurocompatible. Des tendances similaires se manifestent en Hongrie et en Pologne, où l'immigration a explosé depuis 2005. En Pologne, le nombre d'immigrants est passé de 9 363 à 226 649, au cours des six dernières années, tandis qu'en Hongrie, il est passé de 27 820 à 88 5819 363 à 226 649 selon Eurostat, soit plus que doublé, au cours des six dernières années sous la direction d'Orban.

Telle une roulette russe avec un barillet plein, Meloni se trouve désormais prise au piège de l’Europe maastrichtienne. Dans ce cercle vicieux, l'incompatibilité fondamentale entre la réduction de l'immigration et les contraintes découlant de l'adhésion de l'Italie à l'Union européenne (UE) est manifeste. Parviendront-ils à mettre la tête hors de l'eau ?


Crédits illustration : © Cecilia Fabiano/LaPresse/Shutter/SIPA

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