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Fabrice Epelboin : « Les réseaux sociaux sont perçus par le pouvoir comme un foyer séditieux échappant à la docilité des médias »

ENTRETIEN. Avec son « EU Kids Act » annoncé ce mercredi 16 septembre, la Commission européenne d'Ursula von der Leyen, fortement appuyée par la France d'Emmanuel Macron, multiplie les brêches dans les murailles des libertés civiles en ligne. Derrière les nobles motivations, l'arrivée d'une société de contrôle ? Le point avec Fabrice Epelboin, spécialiste du numérique et de ses enjeux.

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Fabrice Epelboin.© Front Populaire


Front Populaire : Pas de réseaux sociaux avant 13 ans, des « mini-comptes » jusqu’à 15 ans : c’est la mesure phare de la proposition par la Commission européenne d’un « EU Kids Act ». Avant de se demander si un tel dispositif est souhaitable, est-il applicable et réaliste ?

Fabrice Epelboin : Applicable juridiquement, tout à fait. C’est la mécanique désormais bien huilée du « blanchiment législatif » : la loi Avia, elle aussi censurée par le Conseil constitutionnel pour atteinte disproportionnée à la liberté d'expression, nous est revenue par via l’UE sous les traits du DSA. L'exécutif applique la même méthode, une fois de plus. Réaliste techniquement, en revanche, c'est une imposture. Pour interdire l'accès aux moins de 13 ans, il faut vérifier l’âge de tous les utilisateurs.

La seule méthode réputée fiable suppose de faire transiter ou de centraliser des pièces d'identité et en l'état déplorable de la cybersécurité, cela revient à multiplier les fuites d’informations personnelles à venir. Quant aux solutions gadgets comme l'estimation de l'âge par selfie vidéo, c'est une blague : n'importe quel gamin sait injecter un flux vidéo altéré, sans compter qu'aucune IA n'est capable de distinguer avec certitude un adolescent de 12 ans et demi d'un autre de 13 ans et demi.


En chassant les mineurs des plateformes grand public, on les pousse vers des espaces non régulés.


Front Populaire : La référence au modèle australien de contrôle de l’accès de la jeunesse aux réseaux sociaux est assumée. Quel est son bilan à date ?

Fabrice Epelboin : Le bilan est désastreux sur tous les plans. D’abord sur le plan opérationnel : les études montrent qu’entre 65 % et 85 % des adolescents contournent ces blocages. La censure sur Internet a toujours été une passoire pour qui sait installer un VPN ou changer ses DNS. Mais l'effet pervers est bien plus grave : en chassant les mineurs des plateformes...

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