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L’ère des nouveaux titans

30/01/2021

CRITIQUE. Le pouvoir des nouveaux titans numériques est-il sans limite ? C’est à cette question épineuse et brûlante d’actualité que tentent de répondre l’homme d’affaires Charles-Edouard Bouée et le journaliste François Roche dans cet ouvrage co-écrit, L’Ère des nouveaux titans, chez Grasset.

L’ère des nouveaux titans

Que sont les Titans, dans notre tradition culturelle occidentale, si ce n’est des armateurs de chaos ? Derrière la diversité des grands mythes grecs, tous véhiculent, en filigrane, une promotion de l’harmonie cosmique contre les forces du chaos. Dans sa Théogonie, Hésiode raconte la naissance du cosmos à partir de trois entités primordiales – Chaos, Gaïa, Eros – puis de générations de titans et de dieux. Le grand théâtre mythique se met réellement en place après la « titanomachie », soit la victoire des dieux olympiens – commandés par Zeus - dans la guerre cosmique contre les Titans. Ce n’est pas un hasard si un parle aujourd’hui de « calme olympien », synonyme d’ordre et d’harmonie.

Comme son nom l’indique, l’Ère des nouveaux titans entend filer la métaphore. En quelques décennies, depuis la révolution numérique des années 1970 puis après l’accélération ayant suivi la crise de 2008, le capitalisme financier mondialisé a entraîné une polarisation exacerbée des flux d’argent et de technologie. Cela a abouti a la formation d’entreprises-mastodontes presque aussi puissantes que des États. « Le capitalisme financier a fait le lit des Titans technologiques », annoncent les auteurs.

Le coup de masse a été aussi rapide que violent. « Notre soumission a ruiné les espoirs, nés de la fin de la guerre froide, d’un monde plus juste, plus équilibré, plus multipolaire, davantage concentré sur la recherche du bonheur des peuples à long terme que sur le choc des puissances et le rapport de force à court terme. » Et effectivement, ce que certains appellent désormais le « turbocapitalisme » ne cesse de se renforcer, comme une créature nourrissant sa propre expansion perpétuelle. « Nous vivons dans une sorte de capitalisme en apesanteur, indifférents aux grandes fractures sociales et climatiques, obsédés par les plus-values boursières, vivant selon...

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