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La remise

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, grandeur et décadence d'un haut lieu de la ruralité...

La remise

Le lieu en question a été racheté par des gens de la ville qui, forcément, n’ont conservé que quelques poutres apparentes, la poulie de l’étage donnant sur la rue et un mur en pierre soigneusement jointoyé.

Disparue, donc, l’histoire agricole de cette remise. Bétonnée la terre battue imbibée de fuel, de graisse et d’huile de vidange. Débarrassés les sacs d’engrais ou de souffre éventrés, les fagots de sarments vermoulus, les tonneaux empilés sous le râtelier de la mule, la barre à mine, les torpilles à dos, les bêches, les faux, les râteaux et tous ces outils d’un autre temps usés par la pierre des garrigues, l’herbe des plateaux ou le sable des jardins.

Nettoyées les toiles d’araignées qui pendaient grasses comme des mantilles sous le grand escalier. Brûlée la fille dépoitraillée du vieux calendrier. Jetées les caisses empilées dans le grenier. Balayés les noyaux d’abricots, la paille et les nids d’hirondelles. Bouché le fenestrou qui éclairait en été la jardinière sur le coup de onze heures et deux doigts de salpêtre en fin d’après midi. Terminées les jours de pluie où, sous la baladeuse, nous en profitions pour remplacer les palettes du rotavator et, sur la herse, les côtes de melon. Enlevées les pierres à charrettes prés de l’entrée.

Passé le temps du vieux rancio et celui de ces villages où le bruit des tracteurs et des bennes rassurait plus qu’il n’agaçait. Et le chant du coq. Et l’odeur du cheval. Et le son des cloches. Et le geste perdu. Et ce refrain de Moustaki qui fredonne « Où est cette maison toutes portes ouvertes, que je cherche encore. Que je ne trouve plus ».

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