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Discours d'Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire française : pourquoi la méfiance est légitime

CONTRIBUTION / ANALYSE. Emmanuel Macron donne ce lundi 2 mars à Brest un discours très attendu sur la dissuasion nucléaire française et son avenir. Un sujet qui touche au cœur de la stratégie française de défense, et donc de sa souveraineté… et autour duquel les inquiétudes, souvent légitimes pourtant, sont rapidement balayées par la doxa médiatique. À tort, explique l'essayiste Max-Erwann Gastineau.

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Emmanuel Macron à l'École de guerre le 7 février 2020 pour un discours sur la stratégie de défense et la dissuasion nucléaire de la France.© HAMILTON-POOL/SIPA


À quelques jours d’un discours présidentiel présenté comme historique sur le devenir de la dissuasion nucléaire française, il n’est pas normal, il est même aberrant (ou révélateur…) de voir les doutes qui s’expriment être balayés d’un revers de la main, renvoyés à des convulsions nationalistes et complotistes sans fondements.

Sur le nationalisme… Que serait la dissuasion française sans le nationalisme d’un homme qui tenait plus que tout à l’indépendance nationale ? Si la France dispose, contrairement à ses alliés européens, d’un parapluie nucléaire crédible, c’est parce qu’elle fut gouvernée par un carburant national incarné au plus haut sommet de l’Etat, y compris contre les velléités « intégrationnistes » qui s’exprimaient déjà avec vigueur dans les années 1950-1960.

Sur le complotisme… Le travail des commentateurs est de disséquer les causes des méfiances traversant le corps social. Il n’est pas de se constituer en redresseur de torts, comme trop de journalistes qui, pour exister, faute d’être dotés d’une ossature intellectuelle suffisamment solide, croient devoir sans cesse rappeler leur appartenance au camp du bien ou de la raison, ou les deux (en macronie)... 

A quelques encablures du discours présidentiel, trois formes de méfiance priment… Et s’affirment sur des bases parfaitement rationnelles !


Triple méfiance


• Doctrinale : La doctrine de dissuasion nucléaire française comporte déjà une dimension explicitement européenne, et l’on ne voit pas bien ce que l’on pourrait ajouter, sauf à vouloir sacrifier l’ « ambiguïté stratégique » qui fait sa force et « partager » les briques technologiques (alliances industrielles, co-financement…) qui fondent notre crédibilité de puissance.

• Présidentielle : Le souci de sa propre postérité, du fait d’un maigre bilan intérieur et d’ambitions personnelles inassouvies, alimentant un désir insatiable d’être sur la photo, en plus d’un prisme indiscutablement « européen », mais sans résultats probants, à date, laissent à penser qu’un « coup » pourrait être tenté… Après la diplomatie du coup permanent, la...

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