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L'étendoir

CHRONIQUE.  Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, un certain étendoir public...

L'étendoir

Voici donc un objet champêtre pour lequel nous pouvons éprouver quelque sympathie puisqu’il guida nos premiers pas dans les alizés d’un temps où nous suivions en culottes courtes nos chères mamans du lavoir au potager, de la cuisine au verger. Et ce, en respirant à plein nez l’odeur du chèvrefeuille qui se mêlait à celui du savon de Marseille et de quelques adoucissants non encore multinationalisés.

L’étendoir en question pouvait être judicieusement implanté près d’un pâturage ou, avec le va et vient des génisses et celui des taurillons, il participait au tableau d’une France rurale que beaucoup voudraient retrouver sans pour autant abandonner la laverie programmable et le sèche-linge informatisé.

Autre alternative, l’étendoir pouvait donner sur la place publique et révéler quelques bien surprenantes mensurations familiales concernant le soutien-gorge à balconnets de l’épicière ou le caleçon délavé du jeune instituteur. Sans oublier le string coquin, insoupçonnable chez celles qui, comme l’on dit en argot, sont censées ne pas avoir encore perdu leur chapeau de paille ou leur petit capital.

Vous l’aurez compris, à l’image de cette délicate métaphore, les extrapolations peuvent aller bon train lorsque l’on se prend à contempler les frusques alignées sur un étendoir, à la faveur de quelques pinces à linges inventées, comme le précise la chanson des Frères Jacques, aux alentours de 1860 par un certain Jérémie Victor Opdelec.

Individu, qu’on se le dise, également créateur de la machine à épépiner les groseilles et de celle à museler les fourmis. Illustre inconnu à qui nous devons un de nos plus précieux ustensiles tombé dans l’oubli au même titre que le rémouleur de céleri, le panneur d’escalope, le touilleur de glu, le passeur de temps ou l’allumeur d’étoiles.

Que grâce soit donc rendue, puisque nous parlions d’étendoir, à ces semeurs de vent.

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