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Arménie et Iran : une frontière de la guerre froide (partie 1)

OPINION. À travers le récit fictionnel de cette traversée de la frontière irano-arménienne, notre lecteur nous transporte au Moyen-Orient quelque temps après la guerre froide.

Arménie et Iran : une frontière de la guerre froide (partie 1)


Après quatre visites à l’ambassade d’Iran à Erevan et diverses télécopies de mon agence de voyages à Paris prouvant que j’avais bien acheté mes trois nuits règlementaires dans un hôtel à Téhéran et, je suppose, différentes vérifications des services de sécurité sur ma personne, j’obtins mon visa pour l’Iran.

Je pris aussitôt la route au moyen de l’autocar régulier qui relie Erevan et Téhéran, coupant à travers les hauts plateaux désertiques de l’Arménie du Sud, le Zanguezour, du nom de la chaîne qui en forme l’épine dorsale, sans pouvoir m’y arrêter, ce que je regrettais amèrement, et que je ressens tristement encore aujourd’hui, à cause de l’image que j’ai conservée de cette beauté âpre des paysages inviolés, en ces contrées peuplées de rudes et rares habitants farouches, réfugiés sur ces sommets qui les protègent, depuis 2000 ans qu’ils sont pourchassés, depuis la plaine de l’Araxe, au point de contact entre les grands empires perse, russe et ottoman, et au point de passage ou d’affrontement des caravanes de marchands et des armées étrangères, des siècles durant.

Aux premiers temps du christianisme, cette région était appelée Siounie. Mesrop Machtots souligne que ses habitants sont rudes, sauvages et mécréants. Il ne s’aventure à les évangéliser que quand son alphabet est complété et les Écritures traduites en vernaculaire. Plus tard, sur ces plateaux déshérités apparaîtront les premiers khatchkars, ces mégalithes sculptés posés à la verticale que l’on croirait voir flotter entre deux airs, comme des défis lancés par les habitants furieux au Ciel peu miséricordieux qui s’acharne sans raison sur eux, à ce Dieu indifférent partisan du laisser-faire.

J’apercevais de loin les églises isolées, les monastères abandonnés et les paysages déserts, derrière les vitres du Pullman climatisé qui traçait sa route pendant les vingt-quatre heures du trajet vers Téhéran. C’était en l’an 2000. Sur...

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