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« Couple franco-allemand », croyez-vous ?

CONTRIBUTION / OPINION. Le couple franco-allemand est mort, déplorent les uns. Il n'a jamais vécu, répondent d'autres. Dans le droit fil de notre entretien (publié ce mercredi 22 avril) avec Alain Juillet, ancien directeur de la DGSE, notre contributeur retrace la trajectoire de cette grande illusion franco-française.

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© CHINE NOUVELLE/SIPA


Désolé. Dans son entretien chez Front Populaire, Alain Juillet commet les habituelles erreurs d’interprétation en postulant qu'ait pu exister pendant quelques dizaines d'années un « couple franco-allemand ». Ce couple n'a jamais existé. Jamais. Un couple est une union, une volonté partagée, soudée par la confiance pour aller dans le même sens et produire des œuvres communes. Non seulement on en est très loin, mais il n’en a jamais été question ! Une telle assertion est plus que ridicule et fallacieuse : liquidatrice. Car, en bernant les Français, elle a puissamment contribué à laisser filer, à affaiblir progressivement le pays, jusqu’à aujourd’hui le menacer de disparaître. Significativement, outre-Rhin, personne n’a jamais parlé de couple franco-allemand. Le concept est strictement français. Et nos dirigeants n’ont pu l’ignorer. Alors pourquoi jouer ce jeu ? De fait, les relations franco-allemandes ont traversé trois étapes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : sous la IVe République, la France comme béquille de l’Allemagne, puis sa marginalisation progressive en Europe et enfin la vassalisation dans la période contemporaine. 

La France a d’abord été la béquille de l'Allemagne. Dans l'immédiat après-guerre, l'Allemagne vaincue et coupable n'avait d'autre choix que de faire profil bas et de serrer toute main tendue, trop heureuse de serrer celle de la France, comme toujours humaniste et rêveuse. Mais elle s’est bien gardée, dès cette époque, de lui « rendre hommage ». De s’atteler à notre train et de soutenir notre leadership en Europe. Jamais. Dès les premiers pas de l'Europe des six, succédant à la création de la CECA, nous avons assumé le statut de « faire-valoir ». L’Allemagne recommençait à exister, s’autorisait à peser un peu, progressivement sur les orientations des diverses instances européennes. 

Et puis est arrivé de Gaulle qui a pu faire illusion un temps et retarder la marginalisation. Certains lui prêtent bien des âneries qu’il n’a...

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