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Covid-19 : peur de la mort et état d’exception permanent

14/08/2021

OPINION. En consacrant la primauté du principe fondamental de la protection de la santé, le Conseil constitutionnel se fait l’illustration du tourment principal de nos sociétés contemporaines : la peur de la mort, pouvant même aller jusqu’au renoncement à la liberté.

Covid-19 : peur de la mort et état d’exception permanent

Si l'on se penche sur la jurisprudence du Conseil constitutionnel depuis le début de la pandémie, on voit que le principe constitutionnel de protection de la santé permet de justifier toutes les atteintes du pouvoir exécutif et législatif aux libertés fondamentales au vue de la situation exceptionnelle du pays. Personne ne conteste le fait que la protection de la santé publique est une norme primordiale. Mais l'utilisation de ce principe par le Conseil constitutionnel depuis le début de la pandémie est problématique.

En effet, en droit positif, il n'y a pas de principe constitutionnel supérieur à un autre. Le juge constitutionnel doit, s'il y a un conflit entre deux normes, opérer une conciliation. En d'autres termes : l'atteinte à un principe constitutionnel justifié par un autre principe constitutionnel doit être proportionnée. L'ancien membre du Conseil constitutionnel, le doyen Georges Vedel, affirmait que « toutes les dispositions de valeur constitutionnelle n'ont pas la même importance ni la même dignité morale ou politique ». Il y aurait donc une hiérarchie purement morale ou politique entre les normes constitutionnelles. Et qu'y a-t-il de moralement ou politiquement supérieur à la protection de la santé, au droit à la vie? Rien, selon le gouvernement, le Parlement et le Conseil constitutionnel; et certainement pour nombre de nos concitoyens.

Memento mori

La supériorité morale et politique supposée de ce principe est très étroitement liée à notre époque. Philippe Ariès parlait du « déni de la mort » dans la société occidentale. Nous pouvons y trouver une origine dans la substitution de la religion chrétienne par une nouvelle religion : la science. Le positivisme a, paradoxalement, créé une croyance quasi-messianique. Le philosophe Jacques Ellul en était venu à la conclusion que « le sacré autrefois était toujours dans la nature, maintenant la nature est tout à fait...

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