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​​Venezuela : quand la souveraineté cesse de répondre de l’homme

CONTRIBUTION / OPINION. Que Donald Trump ait violé la souveraineté du Venezuela en capturant Nicolás Maduro ne fait aucun doute. Mais le peuple vénézuelien est-il vraiment souverain dans un État qui a conservé les formes de la démocratie tout en en détruisant la substance ?

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Crédits illustration : ©Sofya Sandurskaya/TASS/Sipa USA/SIPA


La question du Venezuela ne pose pas seulement un problème diplomatique ou juridique. Il interroge la nature même de la souveraineté politique. Que reste-t-il d’un État lorsque le pouvoir conserve ses attributs formels, mais ne répond plus devant son peuple ? À travers l’érosion progressive de la démocratie, l’effondrement social et l’impuissance des institutions internationales, le cas vénézuélien révèle une faille majeure de l’ordre contemporain : l’incapacité à penser la responsabilité des États sans basculer ni dans l’ingérence ni dans l’abstention morale.

Depuis l’arrivée de Nicolás Maduro au pouvoir en 2013, le Venezuela n’a pas aboli la démocratie. Il en a conservé les formes tout en en neutralisant la substance. Les élections ont continué d’être organisées, les institutions maintenues, le pluralisme affiché. Mais la possibilité réelle de l’alternance a été méthodiquement détruite. Le régime ne relève pas de la dictature classique ; il appartient à cette catégorie plus insidieuse des pouvoirs qui gouvernent par la loi tout en vidant le droit de sa finalité politique. Le suffrage n’est pas supprimé : il est rendu inoffensif.

Un exemple suffit à mesurer ce basculement. En 2015, l’opposition remporte largement les élections législatives. Le vote est reconnu, mais ses effets sont immédiatement neutralisés. À la veille de l’entrée en fonction de la nouvelle Assemblée nationale, des juges loyalistes sont nommés en urgence à la Cour suprême. Celle-ci invalide ensuite systématiquement les décisions du Parlement, allant jusqu’à le placer en situation de « désobéissance ». Le peuple a voté, mais le pouvoir issu de ce vote est vidé de toute capacité d’action. La démocratie n’est pas renversée ; elle est contournée.

La neutralisation de l’opposition ne s’est pas limitée aux institutions. Elle a pris des formes plus directes. Des opposants ont été emprisonnés, d’autres contraints à l’exil, d’autres encore frappés d’inéligibilité par de simples décisions administratives. Leopoldo López a...

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