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Maintien de l'ordre : « Le système est fait pour décourager les gens d’aller manifester »

ENTRETIEN. D’une intensité inédite depuis le mouvement des Gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites ont ravivé les critiques sur la répression des mouvements sociaux par le pouvoir macronien. Ancien policier, Alexandre Langlois analyse les dysfonctionnements du maintien de l'ordre à la française et l'usage politique des forces de l'ordre.

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Alexandre Langlois est un ancien agent du renseignement. Il est l’auteur de L'ennemi de l'Intérieur : dérives et dysfonctionnements de la Police nationale, Talma studios, 2019.


Front Populaire : Plusieurs images lors des manifestations contre la réforme des retraites ont relancé le débat sur les violences policières. Quel regard portez-vous sur le maintien de l’ordre actuel ?

Alexandre Langlois : Ce n’est pas une gestion policière, mais une gestion des mouvements par un État policier. La police est un outil entre les mains des dirigeants. Ce n’est pas le marteau qui plante les clous, c’est le bricoleur qui leur tape dessus avec son marteau. Cela fait de nombreuses années que l’utilisation faite de la police est catastrophique. Ça a commencé sous François Hollande et Manuel Valls à l’Intérieur, au moment du mariage pour tous. La situation a ensuite empiré au fil des ans avec les manifestations contre la Loi Travail, les Gilets jaunes, la politique sanitaire au moment du Covid… Et maintenant ils s’attaquent aux opposants à la réforme des retraites. La violence qu’il y a dans les manifestations montre qu’il n’y a plus de réponse politique. Le gouvernement tape. Voilà sa réponse.

En France, nous voyons, à tort, la foule comme une entité homogène. On a au final un système arbitraire fait pour décourager les gens d’aller manifester. Et encore, je ne parle pas des risques de blessures. Christophe Castaner avait bien résumé les choses en affirmant, la veille d’une manifestation de Gilets jaunes à Bourges, lorsqu’il était encore à Beauvau : « Ceux qui viennent manifester dans des villes où il y a de la casse qui est annoncée savent qu’ils seront complices de ces manifestations-là. »


FP : Vous dénoncez une utilisation politique de la police. Y a-t-il aussi un simple problème d’incompétence des pouvoirs publics et de dérives d’agents de police ?

AL : On ne gère plus des foules comme le droit français le prévoit. Parce qu’effectivement, il y a des blacks blocs, des délinquants qui infiltrent les...

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