Cinéma culture

Cinéma français : un système de financement unique au monde

L'exception culturelle française a du plomb dans l'aile, d'autant plus que se creuse peu à peu l'écart sociologique entre le petit monde du cinéma et ceux que Christophe Guilluy nomme « les gens ordinaires ».

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En septembre 2023, la Cour des comptes a publié un rapport sur la gestion du Centre national du cinéma (CNC). La constatation est la suivante : un tiers des films est financé à perte. On serait tenté de considérer ce rapport comme une réponse adressée à la réalisatrice Justine Triet. En recevant la Palme d’or en mai, au festival de Cannes, elle dénonçait en effet la

marchandisation du cinéma français par un « gouvernement néolibéral ». Le rapport de la Cour des comptes envisage la politique culturelle sous un autre jour en présentant les aides publiques généreusement versées par l'État français.

Contrairement à l'écriture d’un livre, à la peinture d'une toile et même à la mise en scène d'une pièce ou d'un opéra, la production d'un film nécessite des investissements considérables : en moyenne 5 millions d’euros en France, en 2022. Les moyens techniques et le nombre de personnes impliquées dans la réalisation d'un film expliquent un tel coût. Les sommes engagées pour la sortie en salle sont en revanche peu élevées car l'œuvre achevée peut être répliquée infiniment et à moindres frais. Il n'en va pas de même pour un opéra ou une pièce de théâtre : chaque représentation implique des frais importants qui peuvent s'avérer plus élevés que la recette en salle, même si les spectateurs sont au rendez-vous.


L'exception culturelle française


Les grandes maisons de production dominent le marché dans le système américain, mais la France échappe à ce modèle, la production cinématographique reposant sur un organe étatique : le Centre national du cinéma (CNC). Ce dernier est placé sous l’autorité du ministère de la Culture. Il est financé majoritairement par des taxes sur les services de télévision, la vidéo, les services de

vidéo à la demande et par les entrées en salle (10 % du prix de chaque billet). Ces dernières sont reversées...