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La critique littéraire à l’estomac

Pour l’auteur du fameux blog Stalker, la critique littéraire « autorisée », celle qui nous est dispensée dans les grands médias, passe complètement à côté des écrivains contemporains importants et nous offre le spectacle d’un milieu complètement corrompu par les codes de la pub, le copinage et le nombrilisme.

La critique littéraire à l’estomac


Voici quelque soixante-dix ans, un célèbre écrivain, Julien Gracq, posa un constat aussi implacable que juste : « Pour tout dire, on a rarement en France autant parlé de littérature, en même temps qu’on y a si peu cru. » Je pourrais ne rien dire de plus, et me contenter d’illustrer, par quelques exemples choisis avec soin, ce propos définitif.

Il me serait ainsi facile d’aligner – c’est le cas de le dire – quelques noms d’écrivains célèbres, récompensés par des prix plus ou moins prestigieux, tous invités régulièrement par des journalistes renommés qui leur proposent, avec des mines de prestidigitateurs de baraque foraine, de dérouler leur argumentaire. Cela ne servirait à rien car, dès le premier nom que je citerais, Amélie Nothomb ou Yann Moix par exemple, toute personne sensée aurait vite fait de me répondre la banalité inévitable, répétée de bouche en bouche, du garçon coiffeur à l’académicien et vice-versa, puisqu’il devient de plus en plus difficile de les distinguer : « Je ne dois pas prétendre pouvoir juger de la qualité d’un livre, mais me contenter de dire que je ne l’aime pas. » Ainsi, bien que Philippe Sollers écrive des livres, ce qui est incontestable, depuis un temps qui me semble pourtant infini, bien que cet écrivant et non-écrivain, selon la distinction péjorative de Roland Barthes, exerce, depuis la parution d’Une Curieuse Solitude, l’apostolat du bavardage moitrinaire(1) et que ses livres ne soient probablement même plus lus par son propre éditeur, quelque bel esprit ne manquera pas, le petit doigt levé, de me tancer vertement en me reprenant : « Non monsieur, dites plutôt que vous ne les aimez pas, ces livres de Philippe Sollers qui sont pourtant encensés par la presse ! » La messe est dite, et, moi, je serai excommunié puisque j’aurai osé contester le dogme selon...

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