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A la clef

CHRONIQUE. Ah, le rôle fondamental du trousseau de clefs dans les campagnes... Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective.

A la clef

Vous en conviendrez, lorsque l’on possède une clé, ou clef comme l’on disait il n’y pas si longtemps, il vaut mieux ne pas avoir à la mettre sous la porte. Quand, à quelques centimètres de là, il suffit de la dissimuler sous son paillasson pour éviter la dépossession dans tous les sens du terme.

Certains préféreront à cette populaire planquette le pot de géranium, le verso de la persienne, ou, plus dissuasifs, quelques gerbes d’orties et la niche du chien peu amène. Astuces qui valent encore pour nos campagnes reculées. Mais qui, en revanche, sont à proscrire là où l’ortie pousse rarement, autrement dit en ville et dans ces contrées où serrures trois points, alarmes, lasers, cameras et autres agents de sécurité veillent au grain.

Concernant les villages de notre arrière-pays, force est de constater que le temps de l’insouciance s’éloigne aussi. Ce temps où la clé glissée dans le sac à main en moleskine et dans la poche du velours côtelé n’était usitée qu’en de rares occasions. Comme, par exemple, pour un mariage dans le département voisin qui ne devait pas mobiliser parents et alliés plus de deux jours, car il fallait nourrir les bêtes et passer voir le pépé. Le reste de l’année, la porte restait ouverte. Et l’on redoutait plus la ronde des renards que celle des rôdeurs.

Peut-être parce qu’il n’y avait pas grand-chose à voler. Peut-être parce que le voisin patrouillait. Ou bien, tout simplement parce que, comme dans la chanson de Maxime, quelqu’un avait jeté la clé. Mais c’était dans la chanson de Maxime. Depuis, nous avons appris à nous méfier.

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