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J'ai lu « La légende » de Boualem Sansal

CONTRIBUTION / OPINION. De son année dans les geôles algériennes, l'écrivain Boualem Sansal a tiré un livre : La Légende, publié chez Grasset. Notre contributrice nous livre son ressenti après lecture.

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Quand j’ai su que le récit de la détention de Boualem Sansal, que je guettais, s’appelait La légende, l’espace d’une seconde je me suis demandé si le grand romancier du Serment des barbares et de 2084 n’avait pas, depuis sa libération, attrapé le virus de la grosse tête ! Boualem Sansal, se prendre pour une légende ? Impossible, ce titre m’échappait et j’en comprendrais le sens après l’avoir lu. Legenda, en latin, c’est ce qui doit être lu. À ce jour, j’y décèle une part de provocation malicieuse venant d’un homme libre, dont le talent est immense, et dont l’humilité n’a toujours d’égal (ouf !) que son courage et son intelligence.

Alors quelle est la matière première de cette Légende ? Je dirais que c’est la quête d’une identité bousculée dans sa chair par la prison et dépassée par les enjeux de son enlèvement. La quête d’une juste place morale dans le tumulte du monde, la quête d’un lieu où se poser et se reposer. La littérature lui permet cela car elle est « une ossature morale tenue », c’est bien ce que redoutent les dictatures car, croit-il, « ce n’est jamais l’homme que l’on enferme entièrement. C’est la possibilité qu’il ouvre l’horizon qu’il désigne. »

Le récit de tous les événements qui sont maintenant largement connus est travaillé par une opposition simple : il y a d’une part Boualem, qui est du côté du corps, de la réalité sensible de la prison, qui subit l’injustice d’un pouvoir arbitraire et brutal, du côté de l’amour de Naziha, sa femme, du côté des mots et de la poésie. D’autre part il y a Sansal : l’écrivain, la diplomatie internationale, les espérances folles des prisonniers de Koléa qui pensent assister, avec sa libération, à la chute entière du régime algérien, le comité de soutien, les affabulations et autres complots germanopratins, bref, la...

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