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Le monde de l’après-littérature

OPINION. Dans son dernier ouvrage, Alain Finkielkraut se livre à son exercice préféré : analyser l'imparfait du présent dans une étude soignée de l’évolution des mœurs. Cet éternel mécontemporain, comme il se définit lui-même à l’instar de Péguy, voit dans notre rapport à la littérature la clef de lecture du monde moderne.

Le monde de l’après-littérature


Le règne de l’émotion

Tout commença avec Tante Cécile, personnage secondaire de la Recherche qui, au cours d’un dîner que Proust immortalisa, laissa son émotion l’emporter sur la raison pour une simple histoire de convenances. Aux yeux d’Alain Finkielkraut, elle est la cassandre de la sensiblerie moderne. Il reprend le cours des quarante dernières années à l’aide d’écrivains contemporains Kundera, Roth - deux auteurs de qui ont nourri toute l'œuvre du philosophe - et Houellebecq. Loin de faire l'unanimité sur la qualité de leur style, ils ont en commun d’avoir su dépeindre notre époque en faisant fi du politiquement correct, ce qui leur coûta un Nobel. Les historiens de demain retiendront de leurs bibliographies le récit du monde occidental entre les Etats-Unis et les deux Europes de l’Est et de l’Ouest ; le récit d’une lente chute vers l’inculture, où les populations occidentales se délaissent de l’enseignement de la littérature sous couvert de se battre pour l’égalité.

Les gens lisent de moins en moins et les frontières du monde se referment sur un vécu personnel trop étroit. L’ignorance des subtilités de l’âme humaine fait le lit de l’analyse facile entre bons et méchants. L’émotion, preuve de la spontanéité, est préférée au recul critique, toujours suspect de porter en lui les reliquats d’un système dominateur quel qu'il soit. Incapable d’affronter la complexité du monde, on en revient toujours à soi, un soi susceptible et capricieux qui perçoit toute nuance comme une attaque personnelle. La force du chistianisme fut de reconnaître la nature pécheresse de l’homme pour l’élever et lui enseigner à faire le bien, la faiblesse des modernes est de croire qu’en refusant la nuance, ils traquent le mal qui n’a pas sa place dans le monde parfait qu’ils rêvent d’instaurer. Comme toute utopie, elle commence par une purification intellectuelle. «...

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