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L'écharde

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, ces échardes douloureuses qu'il fallait quand même retirer...

L'écharde

Au chapitre des avaries estivales, nous consignerons l’estafilade qui nous rappelle quelque périlleux passage à côté du banc public ou sous le fil de fer barbelé. Et cette cicatrice près du coude que l’on doit au dérapage du Solex sur le gravier. Citons encore quelques piqûres de vive, de guêpe ou d’araignée, le coup de soleil, le chagrin d’amour, le mal de mer, la glissade sur les rochers, la première biture et, bien sûr, cette écharde dont la mémé, non sans une certaine délectation, à bien voulu s’occuper.

Quand, investies d’une grande mission, nos aïeules se font rarement prier pour extraire ce que les scientifiques ont l’habitude d’appeler un corps étranger. En l’occurrence, bien sûr, il s’agit ici d’un bout de bois provenant de quelque planche destinée au cabanon que nous étions en train d’élaborer.

« Montre-moi ça et mets toi là, dans la lumière pour que j’y voie » Et hop, l’aiguille à coudre passée sur le brûleur de la Rosière, l’index pressé jusqu’au sang entre le pouce et le majeur, ce morceau d’écorce noir qui ne veut pas sortir, la mémé qui insiste, l’aiguille qui soulève la peau, les mains deviennent moites. « Ça va, Mémé, elle est sortie ! » « Arrête de bouger, je te dis qu’elle y est encore ! »

Et un coup de plus, il faut descendre plus bas, l’intrus résiste. « Tu me fais mal » « Douillet, moi à ton âge … » Et le frangin par-dessus l’épaule qui n’ose même plus regarder. Enfin, la voilà, plus petite qu’elle n’y paraissait. « Attends, laisses moi regarder, je crois qu’il en reste un morceau » « Mémé, je te dis que ça y est » Allez on jette, l’écharde. Sirop de framboise et portion de gâteau.

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