Lectures croisées entre Schopenhauer et Philip Roth
CONTRIBUTION. Avec la Pastorale américaine du romancier Philip Roth, décédé en 2018, et les Aphorismes sur la sagesse dans la vie d'Arthur Schopenhauer, d'un siècle et demi son aîné, la littérature et la philosophie se rencontrent au carrefour des grandes interrogations humaines.
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Qui n’a pas gardé dans la mémoire de sa scolarité et parmi les centaines, les milliers de visages croisés, l’image d’un ou une élève, camarade, vague connaissance ou simple figure récurrente de cette période, qui suscitait dans le regard de tous d’une sorte de fascination ? Vénérée comme un demi-dieu dont on voulait toucher l’ourlet du vêtement, cette sommité avait sa cour et semblait traîner derrière elle à chacun de ses pas toute sa magnificence, comme une comète sa queue. Singulière et inimitable, en un mot magique.
Pastorale américaine, le roman de Philip Roth paru en 1997, et premier volet de sa trilogie américaine (avant J’ai épousé un communiste et La tache), s’ouvre sur cette célébrité locale de Newark dans les années 1940 : Seymour Irving Levov est un juif au « masque de viking impassible », un athlète hors-norme aux mâchoires carrées et au caractère doux et tranquille, baptisé « Le Suédois » en raison de ses cheveux blonds et de ses yeux bleus. Lorsque l’écrivain-narrateur – et double de Roth – le rencontre une ultime fois à la fin de sa vie, son imaginaire est resté tellement figé dans cette représentation, lui qui souhaite si ardemment percer toutes les facettes des personnalités, qu’il commet une monumentale erreur de jugement. Non Seymour Levov n’est pas, malgré sa beauté, son charisme, sa réussite sociale, son mariage avec miss New Jersey, ses enfants, sa conversation convenue et son apparente autosatisfaction, sa fadeur et sa superficialité, le rêve américain personnifié. La suite du récit nous prouvera qu’il n’avait pas vu « sa vie se dévider comme une pelote de laine angora ».
La lecture d’un philosophe me semble éclairer singulièrement les personnages de ce récit. Dans Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851), Arthur Schopenhauer commence par faire la distinction entre ce que l’on est, ce que l’on a...
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