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Se souvenir de l'adresse

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, quelques projets pour l'avenir...

Se souvenir de l'adresse

Une plage déserte à Collioure ou à Etretat. Un couple marche lentement dans la douceur du soir. Ils ont pris quelques jours parce que les enfants ont grandi comme dans la chanson de Sardou, parce que les touristes sont partis comme dans celle de Ferrat.

Trente ans qu’ils ne s’étaient pas retrouvés seuls. C’était dans une petite auberge à Saint Engrace ou dans cet hôtel prés de Garabit. Tout à l’heure ils iront au restaurant. Ils commanderont des fruits de mer qu’ils dégusteront avec un verre de blanc et du beurre salé, comme quand ils se sont retrouvés chez Brigitte sur l’ile de Sein et que, sur le retour, la mer était déchainée.

Là, ils ne parleront pas des autres, ni des amis, ni des parents, simplement du chemin parcouru en se disant qu’ils ont encore le temps. Entre la carte des vins et celle des desserts, contre cette grande vitre ou vient taper la mer, ils vont prendre quelques décisions.

Arrêter de travailler et vendre la maison pour s’installer dans un coin tranquille où il couperait son bois, où ils iraient aux champignons. Il lui prendrait la main en s’assurant que personne ne le voie. A cause de la pudeur et de ces sentiments qu’à cet âge-là, pense-t-il, on ne montre pas. 

Un couple monte se coucher. Le plancher du vieil escalier craque sous la moquette. La nuit s’avance, ils sont seuls dans la grande salle à manger. Elle dit qu’il faut se souvenir de l’adresse pour revenir d’ici quelques années. Parce que ce n’est pas si loin. Parce qu’il faut profiter de la vie. Parce que c’était bien.

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