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Frédéric Farah : « Une certaine idée du service public est en train de mourir »

09/01/2021

ENTRETIEN. Frédéric Farah est économiste, chercheur affilié au laboratoire PHARE de la Sorbonne (Paris I) et enseignant. Il est l’auteur de Fake State chez H&O. Il interroge avec nous le sens de l’immixtion, en France, du bénévolat dans les transports publics.

Frédéric Farah : « Une certaine idée du service public est en train de mourir »

Front Populaire : A Libourne (Gironde), le maire a annoncé faire appel avant l’été à des bénévoles pour conduire les bus. Ce sera une première en France. Qu’en pensez-vous ?

Frédéric Farah : Nous pouvons voir la chose favorablement de prime abord, car des communes pourront bénéficier d’une desserte. Mais au-delà du caractère pratique, c’est la déshérence des services publics qui apparaît criante. Pourquoi cette question n’a pas fait l’objet d’un traitement antérieur ? N’oublions pas que la fonction première de la SNCF est de répondre aux exigences de l’aménagement du territoire. On aurait pu imaginer qu’elle prenne l’initiative ou que l’échelon régional veille à ce service. Par ailleurs, il est nécessaire qu’une activité d’intérêt général fasse l’objet d’un véritable statut pour celui qui l’exerce : formation, emploi protégé, rémunéré. Vous voyez la logique inégalitaire malgré tout à l’œuvre, puisque d’autres communes, ayant potentiellement les mêmes besoins ou les mêmes manques, ne trouveront pas forcément des associations prêtes à faire le travail, et c’est là que la puissance publique devrait agir.

FP : Le maire reconnait lui-même que cette initiative permettra de desservir des territoires périphériques qui ne le seraient pas autrement. Un effet du « Fake state » ?

FF : S’il n’y a pas d’autre façon, c’est parce que la puissance publique n’est plus au rendez-vous et n’apporte plus aux citoyens la sécurité et les services dont ils ont besoin. Regardons bien les choses en face, l’Etat central et ses moyens déconcentrés se sont pleinement affaiblis. Au niveau local, les collectivités locales doivent multiplier des missions avec des moyens en réduction. La fin de la taxe professionnelle, la transformation de la taxe d’habitation ont affecté leurs ressources. Le « fake state » produit des effets de bricolage : il faut trouver des solutions, en fabriquer pour compenser l’abandon...

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