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La France ne sauvera pas le travail sans recommencer à produire

TRIBUNE. Peut-on sauver le modèle social français ? Pas si l'on refuse de regarder en face la double question de la production et du travail, estiment Julien Aubert et Nicolas Baaklini, de l'Institut Valmy. Dans une note qui invite à repenser sérieusement cette question, ils dessinent une approche gaullienne du travail.

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© Alain ROBERT/SIPA


Par Julien Aubert, président de l’Institut Valmy, et Nicolas Baaklini, expert associé à l’Institut Valmy.

Le débat sur le travail tourne en rond parce qu’il évite l’essentiel : un pays qui ne produit plus ne peut plus ni protéger ni honorer ceux qui travaillent. Ce n’est pas une crise de valeurs. C’est une crise de souveraineté.

La vraie question n’est pas : les Français veulent-ils encore travailler ? Elle est : dans quel pays, pour quelle production, pour quelle utilité commune leur demande-t-on de le faire ?

Un pays qui cumule 7,9 % de chômage et près d’un demi-million d’emplois vacants n’a pas un problème de marché du travail. Il a un problème de vérité. La fable est connue : mieux indemniser, mieux répartir, et tout s’arrangera. C’est l’inverse qui se produit. Le chômage résiste, les pénuries s’installent, la productivité décroche, et les salariés doutent de l’utilité de ce qu’ils font.


Un pays qui renonce à produire renonce, tôt ou tard, à protéger.


Cette crise n’est ni morale ni sociale au premier chef. Elle est productive et politique. La France a laissé sa part industrielle s’effondrer de 23 % du PIB dans les années 1960 à 10 % aujourd’hui. Elle a compensé par la redistribution, la dette, la norme, la bureaucratie. Mais on ne finance pas durablement une protection sociale à 32 % du PIB avec une base productive en ruine. Un pays qui renonce à produire renonce, tôt ou tard, à protéger.

Il y a plus grave que les chiffres : en France, beaucoup ont un emploi sans pouvoir vraiment travailler. Les procédures dévorent le geste, l’abstraction managériale étouffe le métier. Nous avons survalorisé le diplôme généraliste et relégué l’atelier, le soin, l’artisanat, la maintenance, l’agriculture. Une société qui méprise ceux qui font finit toujours par dépendre de ceux qui produisent ailleurs.

Il n’y aura pas...

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