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Chroniques d'un impossible Brexit, partie 3 : les Travaillistes et les cinquante nuances de la gauche sans le peuple

CONTRIBUTION / OPINION. Le Brexit, sursaut d'un peuple à la reconquête de sa souveraineté, continue de hanter le monde politique britannique – au moins autant que la technocratie européenne. Au milieu des remous, le Parti travailliste britannique a suivi la trajectoire globale de la gauche occidentale : celle de la trahison du peuple. Et en paie aujourd'hui le prix.
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En 2020, Keir Starmer, alors chef du Parti travailliste, s'agenouillant en solidarité au mouvement américain Black Lives Matter.© capture X


Les défaites travaillistes de 1987, puis de 1992, furent pour les jeunes Tony Blair et Gordon Brown de profonds traumatismes. Depuis l’avènement de Thatcher chez les Conservateurs, les Travaillistes ont été balayés avec constance à chacune des élections générales du pays. Les jeunes loups Blair et Brown croient un moment pouvoir redorer le blason terni des travaillistes ; en 1987, encore plus en 1992, ils redonnent du tonus au parti, dont la campagne, pour une fois, retrouve un peu de ferveur et d’enthousiasme. « Je n’en pouvais plus des défaites du parti travailliste », dit Blair, dans un documentaire « Brown / Blair, the new Labour », que lui consacre la BBC.

Lui et son comparse Brown saisissent l’occasion en 1994 de la mort tragique du chef historique des travaillistes, John Smith, pour imposer un radical changement idéologique pour le vieux parti de la gauche anglaise. Blair, en particulier, comprend que les Travaillistes ont perdu la bataille de l’économie ; ils n’ont pas su adapter leur vieux logiciel à l’économie post Trente Glorieuses, le manifeste de 1923 reste jusque-là leur grille de lecture, ils continuent à parler nationalisations, service public, politiques socialo-marxistes. « Nous ne pouvons pas demeurer le parti des hausses d’impôts, ignare en économie » déclare Blair, qui réussit à imposer à son parti un nouveau référentiel idéologique, le « New Labour ». Historiquement, les Travaillistes s’étaient construits comme le parti des travailleurs des usines et des mines, pour donner une voix et une représentation aux prolétaires du Royaume-Uni. Longtemps, jusqu’au « New Labour », les Travaillistes furent des socialo-marxistes sans la dictature ou le refus de la démocratie ; longtemps, ils furent le parti des prolétaires que rejetaient les économistes, ainsi Keynes a toujours refusé toute affiliation avec le Labour, le jugeant trop peu sérieux sur les questions de politique économique. Blair impose un nouveau narratif ; il s’inspire de la...

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